Vous montez à bord du transcontinental de Magel et vous rendez à Calmka.
Pendant votre voyage, vous apprenez que de nombreux seigneurs et rois des provinces voisines convergent vers Calmka à l'occasion du grand sommet qui va s'y tenir. Arrivés aux abords de la ville, vous remarquez qu'une activité inhabituelle y règne. De nombreuses délégations diplomatiques et détachements militaires se croisent dans les rues de la capitale, placée sous haute surveillance par les autorités soucieuses du maintient de l' ordre.
Vous décidez donc de vous rendre directement au château, en espérant intercepter le roi d'Ahzuwd en cours de route avant qu'il ne trouve refuge derrière ses hautes murailles. Sur votre chemin vous croisez plusieurs barrages et points de contrôle tenus par des détachements de gardes de la ville, ceux-ci bloquent au public l'accès aux grandes avenues et aux voies d 'accès principales afin de permettre aux officiels de rejoindre le château sans encombres. Cette situation vous oblige à emprunter de petites rues très fréquentées et à jouer des coudes pour pouvoir avancer, vous déplorez de devoir perdre un temps précieux, mais la ville est vaste et vous n'avez pas vraiment le choix.
Après maints efforts vous arrivez enfin en vue du château, mais vous vous rendez compte qu'une fois de plus l'accès y est bloqué, et que l'on ne rentre que sur présentation d'une invitation portant le sceau royal. Au sommet du grand portail flottent les drapeaux des dignitaires étrangers présents au château, vous reconnaissez entre autres les bannières de Wixq, de Loum, de Khyol, d'Ijvawss, des lointaines Ojfda et Dekyb, de la grande Nyt et enfin.d'Ahzuwd. Cette vision tombe comme un couperet pour vous, le roi vous a devancé et doit probablement se trouver en ce moment même confortablement assis, en train de prendre un rafraîchissement en compagnie des autres hôtes de marque.
Comment s'introduire dans le château ? Il se fait déjà tard et le crépuscule prend progressivement possession de la cité. En vous renseignant, vous apprenez que le conseil des seigneurs se tiendra demain matin dans la grande salle du trône, et que la garde sera doublée pour assurer la sécurité des
convives. En attendant, tout le monde ne parle que de la réception que le roi de Calmka donne ce soir en l'honneur de ses invités, du somptueux banquet suivi de la très attendue représentation des ménestrels de Calmka qui aura lieu au cours de soirée. D'ailleurs vous les voyez se préparer dans leurs tentes se trouvent non loin de vous, en dehors des limites du château.
Malgré leur notoriété, la triste réputation de pickpockets de ces artistes n'est plus à faire, et en ce moment les autorités redoutent plus que tout qu' un scandale n'éclate durant la réception ou le sommet. En vous rapprochantdu campement des ménestrels, vous remarquez qu'une des tentes où sont entreposés des costumes et des accessoires n'est pas surveillée. Et si c' était l'occasion rêvée.
Laissant Trieg Shadows inspecter les environs, tu entres dans la tente d'un air décontracté en souriant aux quelques artistes qui sont en train de s'y préparer. Tout autour de toi se trouvent de longues rangées de costumes divers et variés, des capes, des chapeaux aux plumes multicolores, mais aussi des instruments de musique et des accessoires plus exotiques et curieux les uns que les autres.
Tu t'approches d'un musicien assis en train d'accorder son instrument, une sorte de vièle allongée.
- Bonsoir. Quel bel instrument vous avez là. Comment s'appelle-t-il ?
- C'est une ondine, te répond-t-il en levant la tête vers toi, mais elle sera encore plus belle quand je serai parvenu à l'accorder. Ce qui est loin d'être gagné ! J'ignore si c'est l'air de Calmka qui ne lui réussit pas, mais le bois est tout contracté.
- Je vois. D'où venez-vous ?
- Oh, je vais, je viens. Je me rends là où mon public me réclame, te dit-il en souriant. Ma dernière étape avant Calmka a été la ville de Nyt. A vrai dire je n'y suis pas resté longtemps, juste assez pour me payer le voyage jusqu'ici.
- Que savez-vous sur cette ville ?
- Grande, bourgeoise, mystérieuse et surtout très dangereuse. un peu à l' image de ses femmes ! s'exclame-t-il en riant. N'est-ce pas Zoltan ?
- Parfaitement ! répond un nain moustachu qui s'avance vers vous, revêtu d'une longue robe de mage bleue et d'un chapeau trop grand pour lui. Ces saletés de voleurs m'ont dépouillé de tous mes biens la dernière fois que j'ai eu la malchance de me rendre dans cette ville de malheur ! Depuis que leur chef s'est fait assassiner, ses anciens lieutenants se livrent à une guerre de succession sans partage. Ils se battent pour savoir qui aura le plus grand territoire, et une fois de plus c'est le pauvre peuple qui en fait les frais. D'ailleurs, je me demande bien pourquoi les autorités n'interviennent pas. C'est quand même un comble, non ?
- Oui, je vois parfaitement ce que vous voulez dire par là, réponds-tu un peu gêné.
Sur ces entrefaites, un homme portant un costume d'apparat rouge et muni d' un long bâton entre dans la tente. La balayant du regard, il finit par vous fixer tous les trois.
- Alors, Phoebus ! dit-il en désignant ton voisin musicien de son bâton. Es-tu prêt ?
- J'y travaille, j'y travaille.
- Je l'espère pour toi. N'oublie pas que tu fais l'ouverture de la représentation et que nous n'avons pas le droit à l'erreur. Quant à toi, Zoltan, tu as intérêt à ne pas rater ton tour cette fois-ci, ou alors tu devras te trouver un autre employeur. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Absolument ! répond le petit homme. Ne vous inquiétez pas, grâce à mon nouvel assistant, dit-il en mettant sa main sur ton bras, je vous promets un spectacle digne de ses seigneuries.
- Soit, j'espère seulement pour lui qu'il ne subira le même sort que le précédent. Enfin bon, présentez-vous devant la porte du château d'ici une heure et les gardes vous feront entrer.
L'homme retourne alors sur ses pas et sort de la tente. Le nain se tourne vers toi et te regarde avec un air implorant.
- Excusez-moi, le grand chambellan m'a pris au dépourvu. Vous comprenez ?
- C'est à dire que.
- Je vous jure que mon tour est au point et que vous serez bien payé ! C'est juste histoire d'une soirée. Acceptez, je vous en prie.
- C'est d'accord.
- Oh, merci, merci mille fois. comment vous appelez-vous déjà ?
- Hum, Nab, je m'appelle Nab.
- Et bien, vous me rendez un grand service, Nab. Vous ne le regretterez-pas, je vous le garantis. Suivez-moi, il ne nous reste que peu de temps pour vous habiller et répéter le tour ! dit-il en t'entraînant hors de la tente en direction de sa roulotte.
Tu te demandes dans quoi tu t'es embarqué, mais tu te dis qu'après tout cela te permettra de pénétrer dans le château. Tu espères que Trieg Shadows a lui aussi trouvé une solution.
Zoltan le nain t'emmène dans sa roulotte où il te fournit un costume de scène, une sorte d'armure en cuir matelassée recouverte d'une longue tunique noire à paillètes. Alors que tu t'habilles au beau milieu d'un désordre inimaginable de caisses, de bibelots et d'accessoires magiques, tu remarques une petite fente sur ton costume au niveau de la poitrine.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Oh, ça !? dit-il gêné. Et bien, disons que c'est qui m'a amené à changer d'assistant. Tout ne s'est pas passé comme prévu pendant la répétition et lorsque j'ai commencé à enfoncer les épées, il y a eu, comment dirais-je, un petit problème.
- Vous appelez-ça un petit problème ? demandes-tu en lui montrant le creux laissé au travers de l'armure.
- Je suis vraiment désolé, mais c'était un accident. La trappe n'a pas fonctionné et il n'a pas réussi à s'y glisser à temps. Heureusement les prêtres ont pu soigner sa blessure avant qu'il ne perde trop de sang.
- Et qu'est-ce qui me dit que cette fois-ci votre tour va bien fonctionner ? Que je ne vais pas me retrouver transpercé comme une vulgaire saucisse ?
- Ah, non non non ! Nab, je vous assure que j'ai pris toutes les précautions, j'ai même changé de caisse, alors, vous voyez, Nab. Nab ?
- Oui, bon d'accord, je veux bien vous faire confiance. De toute façon je n'ai pas vraiment le choix, te dis-tu à toi-même.
- Oh, vraiment ! s'exclame le petit homme. Pour un peu je vous embrasserai !
- Hum, je ne crois pas que ça soit nécessaire.
- Merci, merci encore, Nab, je savais que vous comprendriez !
Tu profites du fait qu'il farfouille perché sur un coffre presque aussi haut que lui, pour ajuster tes auto-lanceurs d'uzis à ton costume, tu les arranges de façon à ce qu'ils passent inaperçus. Tu te regardes dans un long miroir ovale, parfait.
- Ca y est ! s'exclame Zoltan en brandissant une fiole contenant un liquide incolore. J'ai enfin retrouvé ma liqueur d'explosions !
- Vous commencez à m'inquiéter, Zoltan.
- Ah, non non non ! Il ne faut pas, Nab. Je m'en sers juste en très petites quantités pour agrémenter le spectacle, pour faire monter la tension. Vous saisissez ? Quelques gouttes suffisent pour réaliser une petite explosion avec des flammes, de la fumée, et tout et tout ! C'est sûr qui si je vidais tout le contenu de la fiole, je n'ose imaginer ce qui se produirait.
- Enfin, tant que vous ne m'envoyez pas de cette chose sur moi. Pouvez-vous me parler du spectacle et de notre tour, Zoltan ? Devant qui devrons-nous jouer ?
- Oh, oui oui oui, mais bien-sûr ! C'est un grand honneur qu'il nous est fait de nous produire à cette soirée, vous savez ? Pratiquement tout ce que compte Magel comme têtes couronnées sont rassemblées dans ce château à l' occasion du conseil des seigneurs. Il y aura bien entendu le roi et la reine de Calmka, mais aussi les souverains de Nyt, d'Ahzuwd, d'Ijvawss et bien d' autres. On dit même que la puissante Organisation du Commerce aurait dépêché l'un de ses émissaires les plus influents. Il ne va y avoir que des personnes de qualité ce soir, c'est précisément pour cette raison que le grand chambellan a fait doubler la garde du château qui est déjà importante, et qu'il a même déployé des mages de combat. Je joue gros ce soir, si nous faisons bonne impression, nous pourrions partir en tournée triomphale à travers les royaumes de Magel. Ne serait-ce pas magnifique ?
- Certainement, Zoltan. Pourriez-vous me parler maintenant de la représentation et en particulier de notre tour ?
- Mais oui, excusez-moi, mon imagination à tendance à s'emballer trop vite. Bon, pour revenir au spectacle en soit, sachez que nous passerons en troisième position. Phoebus fera tout d'abord l'ouverture de la représentation où il accompagnera de son ondine une chanteuse portant le nom de Jaheira, puis ce sera au tour des danseuses et des jongleurs, et enfin nous entrerons en scène. La salle où sera donné le spectacle se trouve juste à côté de la salle de réception et de celle de bal. C'est très grand, surtout pour moi et mes petites jambes, mais comme elles sont communicantes et qu'elles donnent toutes sur la galerie centrale, on peut facilement serendre de l'une à l'autre. Il y a un petit temps de repos entre deux représentations, où les hôtes retournent dans la salle de bal en attendant que les artistes finissent de tout installer et de se préparer. Nous nous rendrons donc sur la scène, je vous laisserai porter la caisse et je vous indiquerai l'endroit exact où se trouve la trappe sur la scène, une trappe identique se trouvant dans la caisse. Lorsque je vous ferai signe, vous entrerez dans celle-ci et je la verrouillerai. Vous aurez alors peu de temps pour ouvrir la trappe de la caisse, puis celle de la scène et pour vous glisser sous celle-ci. J'utiliserai ensuite quelques gouttes de ma liqueur d'explosions pour mettre de l'ambiance, puis je transpercerai la caisse à l' aide des épées que vous voyez là-bas, dit-il en désignant de longues épées au manche doré disposées dans un coin de la roulotte.
- Vous avez intérêt à ne pas rater votre coup, Zoltan. Enfin, si je comprends bien, vous retirez vos épées une par une, je me hisse dans la caisse, je referme les trappes et vous rouvrez la caisse. Puis je sors en saluant tout le monde sous les applaudissements du public.
- Exaaactement ! Vous êtes formidable, Nab ! Tiens, je viens de trouver votre nom de scène ! Le formidable Nab, l'homme qui passe au travers des épées ! Qu'en dites-vous ? Ca sonne bien, hein !
- Oui, c'est pas mal, Zoltan.
- Heureux que ça vous plaise. Tenez, dit-il en te donnant un masque noir orné de paillettes, j'allais oublier, ceci va de pair avec le costume. Vous l'enlèverez à la fin du tour en surgissant de la caisse et saluerez le public en vous inclinant. Je sens que nous allons faire un véritable triomphe ce soir ! s'exclame-t-il en frappant dans ses mains avec enthousiasme.
En regardant par l'unique fenêtre de la roulotte, tu constates que la nuit est tombée et qu'elle recouvre la ville de son voile obscur. Tu aperçois Phoebus et une jeune femme diaphane se diriger vers les hautes portes de l' enceinte du château. Aucune trace de Trieg Shadows Zoltan a l'air très nerveux à l'approche du spectacle. Il se dandine de ses petites jambes d'un côté à l'autre de la roulotte, tantôt pour vérifier son matériel, tantôt pour se regarder dans le miroir et arranger sa robe de mage et son chapeau, décidément trop grands pour lui.
- Vos majestés, nobles seigneurs et gentes dames, vos seigneuries. oh non, ça ne va pas ! Zoltan, creuse-toi la cervelle, dit-il en tapant du poing sur son front. Il faut que tu trouves autre chose, c'est trop classique.
- Pardon, Zoltan ?
- Ouiii ?
- Et bien, j'aimerais savoir si nous allons rester au château après le spectacle ?
- Ma foi, tout dépendra de l'impression que nous ferons. Si ces seigneurs sont enchantés, il se pourrait qu'ils nous invitent à leur table. Oh, quel honneur ça serait, je n'ose imaginer. On dit que l'émissaire de l'OC est une dame d'une grande beauté, j'adorerais faire sa connaissance. Mais je me fais trop d'illusions, nous autres gens du peuple ne sommes pas du même monde, un amour impossible en quelque sorte, comme c'est romantique.
- Eheum ! A vrai dire, Zoltan, je me demandais s'il vous était possible de me prêter quelques habits pour cette soirée, au cas où.
- Oh, mais oui, bien-sûr !
Le petit homme se dirige alors vers l'unique armoire de la roulotte et en sort une longue veste marron avec des boutons dorés, un pantalon bouffant assorti, une paire de bottes et pour finir un sac en cuir à bandoulière.
- Tenez, Nab, j'avais acheté ça pour mon ancien assistant, cela vous revient maintenant.
- Merci, Zoltan, c'est gentil de votre part.
- Oh, mais ce n'est pas grand chose, Nab. Maintenant, si vous permettez, je m'en vais régler quelques petites choses avant notre départ pour le château. J'en ai pour un instant.
Il sort de la roulotte et tu le vois retourner à petits pas en direction de la tente d'où vous êtes venus. C'est vraiment quelqu'un de bien sympathique et d'attachant que ce Zoltan. Il te vient à l'idée que pour mener ta mission à bien, tu pourrais avoir l'utilité d'un peu de sa liqueur d'explosions. Tu te diriges donc vers le grand coffre d'où il l'avait sortie, et en cherchant bien, tu finis par trouver une petite fiole vide au milieu d'un désordre pas possible. Tu récupères celle contenant la liqueur d'explosions et tu en retires le bouchon. Le liquide est incolore et semble visqueux, il s'en émane une forte odeur de souffre qui te pique les narines. Tu verses un peu de son contenu dans la petite fiole, puis tu reposes l'autre là où Zoltan l'avait laissée. Tu accroches la petite fiole à ta ceinture, en prenant garde à ce qu'elle n'en tombe pas accidentellement. En cherchant autour de toi, tu trouves également une corde d'une longueur respectable, elle te semble un peu bizarre, comme si elle était légèrement extensible, mais tu n'y prêtes pas vraiment attention, après tout ça peut toujours servir. Tu la ranges avec tes habits dans le sac que Zoltan t'a donné. A ce moment là, tu entends la porte s'ouvrir derrière toi.
- Ca y est, Nab, j'ai réglé les derniers préparatifs ! Les danseuses et les jongleurs se dirigent vers les portes du château, nous devrions les suivre. Est-ce que vous êtes prêt ? demande-t-il en récupérant ses quelques affaires.
- Fin prêt, Zoltan.
- Merveilleux ! Alors prenez donc la caisse qui se trouve à côté de vous et en avant ! Attention, mesdames et messieurs, déclame-t-il d'un ton théâtral, faites place au grand Zoltan et à son assistant, le formidable Nab !
Vous arrivez devant les hautes portes métalliques des murailles d'enceinte du château de Calmka. Les danseuses et les jongleurs sont en train d'être contrôlés à l'entrée par des gardes en armure. Votre tour arrive enfin et l' un des gardes prend la parole :
- Alors, Zoltan, tu t'es finalement trouvé un nouvel assistant ? demande-t-il sur un ton moqueur. J'espère qu'il ne va pas finir embroché comme le dernier ! s'exclame-t-il en déclenchant l'hilarité des autres gardes.
- Pour sûr non, messire. Il s'agissait d'un terrible et tragique accident mais.
- Soit, soit ! l'interrompt le garde. Je n'ai que faire de tes jérémiades, nain. Tout ce que l'on te demande c'est de divertir ses majestés, pour ma part je ne demanderais pas mieux de vous voir, toi et tes amis ménestrels, croupir dans votre fange loin, très loin de notre ville. Une cité respectable comme Calmka n'a que faire de parasites tels que vous !
Quelques femmes et un homme faisant partie de la troupe des danseuses et des jongleurs se sont retournés et regardent avec tristesse le pauvre Zoltan, complètement abattu.
- Vous avez sûrement raison. dit-il d'une petite voix, comme si toute son énergie et sa bonne humeur venaient subitement de s'envoler. Le grand chambellan nous a demandés de nous présenter pour le spectacle de ce soir, pouvons-nous rentrer ?
- Attendez ! dit le garde en te faisant signe de t'arrêter. Ouvrez-moi cette caisse et ce sac.
- Mais ce ne sont que nos affaires de scène, rien de plus, messire. Dit Zoltan.
- Tu oses me répondre !? s'indigne le garde en levant la main sur lui.
- Assez, Marl ! intervient un autre garde en lui retenant le bras. Il porte deux fleurs de lys dorées sur les épaulettes de son armure, tu en déduis que ce doit être un officier. Tu remarques qu'une longue mèche blonde cache une cicatrice courant du haut de son front jusqu'au-dessus de sa joue gauche. Tu en as assez fait pour ce soir, poursuit-il en lui lâchant le bras.
L'autre garde marmonne et fulmine de mécontentement, mais il se décide enfin à vous faire signe d'avancer.
- Allez-y ! lâche-t-il avec dédain.
Tu fais un petit signe de la tête à l'officier en guise de remerciement lorsque tu passes devant lui. Il esquisse un bref sourire et tourne les talons en direction d'un autre groupe de gardes stationnés près des écuries royales.
Avançant le long du chemin, vous vous dirigez vers le château proprement dit. Il te semble encore plus grand et imposant vu de près. Tu vois plusieurs flambeaux bouger sur ses hauteurs et sur ses ailes, signe que de nombreux gardes y patrouillent. Tu te dis qu'une fuite par les toits risque de se révéler plus difficile que prévu, mais peut-être que par la fenêtre d' une chambre, qui sait ?
- J'ai eu la même impression que vous lorsque je suis venu ici pour la première fois, te dit Zoltan.
- Pardon ?
- Pour moi que dame Nature n'a pas fait bien grand, je me suis senti encore plus petit et vulnérable. Savez-vous que ce château a été construit par les ancêtres du roi actuel il y a près de cinq cent ans de cela ?
- Non, je l'ignorais. Au fait, je suis sincèrement désolé pour tout à l' heure, Zoltan. Ce garde n'était qu'un imbécile.
- Oh, ne vous en faites-pas, Nab, j'ai l'habitude, vous savez.
- Je crois bien que c'est le capitaine Armand qui est intervenu, dit l'un des jongleurs qui vous accompagne. C'est un gars sympa, il n'est pas comme tous ces abrutis de gardes !
- Tais-toi, Melvin ! fait l'une des danseuses. Un de ces abrutis pourrait très bien t'entendre et te couper ce qui te sert de langue, si tu vois ce que je veux dire. C'est vrai qu'il a l'air différent des autres et.beau gosse avec ça, remarque-t-elle d'un ton coquin.
- J'ai entendu dire que c'est l'un des héros des batailles de la Voie Côtière, dit une seconde danseuse.
- Qu'est-ce que peut bien faire un soldat parmi la garde royale ? Lui demande une troisième.
- Je suppose qu'ils appellent ça une promotion, répond-elle.
- Arrêtez toutes les trois ! intervient Melvin. J'ai plutôt l'impression que c'est vous qui avez la langue bien pendue.
- Halte ! dit un garde posté aux pieds des marches menant à l'intérieur du château.
- Nous faisons partie des artistes attendus pour la réception. dit Melvin.
- Ainsi que le grand Zoltan et son assistant le formidable Nab ! ajoute à son tour Zoltan en tendant vos cartons d'invitation.
- Voyez-vous ça. ironise le garde en vérifiant les invitations. Bon, tout est en ordre, vous pouvez y aller. Montez ces marches et avancez tout droit, la salle de spectacle se trouve sur votre droite, au fond de l'allée centrale.
- Merci, répondent à l'unisson les artistes en montant les marches.
Vous gravissez à votre tour les marches et entrez dans le château. Tout autour de vous n'est que luxe et dorures. Les meubles, les tentures et les tableaux sont d'une richesse insoupçonnée, fruits de siècles de règne de la monarchie. Un nombre important de gardes est stationné à l'intérieur même du château, tu remarques également la présence de quelques hommes encapuchonnés portant une longue robe pourpre et or fendue par le milieu et frappée aux armoiries royales.
- Qui est-ce ? demandes-tu à Zoltan.
- Oh, eux. Ce sont des mages de combat royaux, il font partie de la garde personnelle du roi de Calmka.
- Un peu comme vous alors, Zoltan ?
- Oh non, pas du tout, Nab. Moi je suis un magicien, tout au plus un illusionniste, eux ce sont des mages qui ont suivi l'enseignement des sciences occultes. Les mages de combat royaux de Calmka sont connus à travers Magel pour semer la mort et la destruction sur les champs de bataille. Ils ont dû être déployés pour assurer la sécurité des invités, les conseils de seigneurs sont très rares, le dernier en date a eu lieu alors que je n'étais qu'un enfant, c'est dire.
Alors que vous marchez le long d'une interminable galerie parcourue de part et d'autre par des statues de marbre, tu aperçois de dos le roi d'Ahzuwd suivi d'un autre homme entrer dans la salle de réception, tous deux précédés du grand chambellan.
- Sa Majesté, le Roi d'Ahzuwd ! l'entends-tu annoncer.
Tu presses le pas pour gagner la salle de réception et t'entretenir avec le roi, mais alors que tu t'apprêtes à franchir l'entrée de la salle, deux gardes abaissent leur lourde hallebarde pour te barrer le chemin.
- On ne passe pas ! te signifie l'un des gardes. Seuls les nobles sont autorisés à entrer.
- Que se passe-t-il ? demande le grand chambellan en revenant à l'entrée de la salle. Ah, c'est vous ! Voyons, vous savez bien que vous n'avez pas le droit d'entrer ici. Rejoignez les autres dans la salle de spectacle sur votre droite. La réception a pris un peu de retard, comme toujours d' ailleurs, mais ses majestés ne devraient plus tarder à passer à table.
Zoltan te fait signe de le suivre. Tu le rejoins dans la salle de spectacle où tes amis artistes de tout à l'heure et d'autres sont en train de répéter leurs danses et leurs numéros. Tu vois quelqu'un te faire signe à l'autre bout de la salle, c'est Phoebus qui est en compagnie de la jeune femme avec laquelle tu l'avais vu se rendre au château, ce doit être la chanteuse qu'il va accompagner de son instrument. Cette jeune femme te semble étrange, comme une apparition. Elle a des très fins et des cheveux gris-clair, elle n'est pas très grande et plutôt mince, et pour finir elle est habillée d'une robe noire dont la texture ressemble à celle de la dentelle.
- Bien, suivez-moi, Nab, dit Zoltan en t'emmenant vers la scène en bois se trouvant au fond de la salle.
Il te montre un endroit précis où tu déposes la caisse dans laquelle tu te glissera pendant le tour de magie. Tu le soulèves comme un enfant et tu l' aides à y entrer, puis tu l'entends bouger et tu perçois deux faibles cliquetis jouer à l'intérieur de la caisse et sous celle-ci. Zoltan tousse et finit par en ressortir en tapotant sur ses habits.
- Oh, quelle poussière il peut y avoir sous ces planches. Enfin, les deux trappes fonctionnent parfaitement. Il ne nous reste plus qu'à déballer nos affaires et à attendre que les deux autres numéros aient été donnés, puis ses majestés viendront prendre place ici et ce sera à notre tour d'entrer en scène. Est-ce que ça ira, Nab ?
- Parfaitement, Zoltan. Ne vous en faites-pas, je suis persuadé que tout se passera bien et que vous aurez le triomphe que vous attendez depuis si longtemps, et que vous méritez.
- Merci, c'est gentil, dit-il en posant sa main sur ton bras et en levant la tête vers toi, son chapeau lui glissant en partie sur les yeux. Vous êtes quelqu'un de bien, Nab. Faites un petit tour parmi les artistes, si vous le voulez, nous avons encore un peu de temps devant nous.
- Très bien, à tout à l'heure Zoltan.
Tu observes que comme il te l'avait dit, la salle de spectacle et celle de réception sont communicantes, quatre gardes armés, deux de chaque côté de l' entrée, en barrant l'accès. Tu te mets dans un coin à l'écart des regards indiscrets et tu ranges ta fiole contenant de la liqueur d'explosions dans ton sac en cuir, après l'avoir enroulée dans un chiffon que tu as trouvé sur le sol. Afin d'entrer en contact avec le roi d'Ahzuwd, tu te mets à rédiger une lettre qui lui sera apportée :
"Cher roi d'Ahzuwd,
Je me trouve dans ce château et participerai à un tour durant la soirée. J'ai l'intention de tenter de tuer le roi de Nyt durant cette soirée comme vous me l'avez dit. Si vous avez des instructions supplémentaires ou si vous ne voulez pas que je fasse quelque chose durant cette soirée, dites-le-moi, s'il vous plait, votre altesse.
Pourriez-vous me renvoyer le pli et me décrire le roi de Nyt pour que je ne me trompe pas.
Merci beaucoup. Votre dévoué serviteur.
Nabuko
P.S. : pour me répondre demandez le second du grand Zoltan."
Tu cachettes la lettre et tu rajoutes un message au dos de celle-ci :
"Plis très important à remettre en mains propres au roi d'Ahzuwd."
Puis tu te diriges vers l'allée centrale et tu repères un serviteur en provenance des cuisines, apportant des plats dans la salle de réception. Tu l'abordes et tu lui confie cette lettre en lui glissant plusieurs pièces d'or dans la poche. Le serviteur accepte ta proposition et t'assure qu'il remettra en mains propres ta lettre au roi d'Ahzuwd.
Alors qu'il entre dans la salle de réception, tu en profites pour y jeter un coup d'oil. Tu vois que le roi d'Ahzuwd est en train de discuter avec celui de Calmka qui est assis sur son trône. A leurs côtés se tient une jeune femme aux cheveux châtains portant une magnifique robe de bal en taffetas pourpre, elle est accompagnée d'un jeune homme de grande taille aux cheveux blancs comme neige enveloppé quant à lui dans une longue cape. Tu vois alors le grand chambellan quitter la salle de réception pour entrer dans celle de spectacle.
- Phoebus, Jaheira, tenez-vous prêts, dit-il. Vous allez bientôt entrer en scène.
Tu observes le serviteur entrer dans la salle et déposer un plat sur latable. A ce moment là le roi de Calmka se lève de son trône et prend la parole devant l'assemblée :
- Mes amis, je vous invite à prendre place autour de cette table. Un spectacle va être donné en votre honneur au cours du dîner. Je vous en prie. dit-il d'un ton avenant en désignant la table des mains.
Le serviteur se dirige vers le roi d'Ahzuwd et lui remet ta lettre, celui-ci se met alors à l'écart dans un coin de la salle, la décachète puis lit son contenu. Tu remarques que le roi de Calmka et la femme en robe de bal pourpre se sont assis à table, tandis que le jeune homme qui l'accompagnait est resté à proximité des trônes en observant de loin le roi d'Ahzuwd. Ce dernier à l'air de chercher quelqu'un du regard dans la salle, il finit par faire un petit signe discret à quelqu'un. S'approche alors un noir de grande taille, encapuchonné et recouvert d'une longue tunique sombre. Le roi lui confie le pli et lui parle longuement. Au bout d'un moment, l'homme encapuchonné hoche de la tête et quitte la salle de réception pour se rendre dans celle de spectacle. Tu cherches le jeune homme aux cheveux blancs parmi l'assistance et tu le retrouves attablé à la gauche de la femme de tout à l'heure.
Tu quittes le grand couloir et tu retournes dans la salle de spectacle, là tu vois l'homme en noir en train de discuter avec Zoltan. Celui-ci se tourne dans ta direction et te montre du doigt. L'homme en noir le remercie et te rejoint dans un coin discret de la salle. Il te dépasse d'une bonne tête, de lui tu ne vois que son visage buriné et ses mains, fortes et vigoureuses, parcourues par de nombreuses cicatrices. Tu remarques qu'il porte un pendentif doré autour du cou, une sorte de chien à trois têtes, un cerbère.
- Vous êtes Nabuko, je présume, dit-il d'une voix grave et assurée.
- C'est exact. A qui ai-je l'honneur ?
- Mon nom importe peu, sachez seulement que le roi d'Ahzwud a bien pris connaissance de votre message et qu'il m'a chargé de vous apporter sa réponse.
- Est-ce que le plan se déroule toujours comme prévu ?
- Précisément, il y a eu quelques petits changements. En plus du roi de Nyt, vous devrez neutraliser le jeune homme et la femme avec qui il s'entretenait tout à l'heure. Il me semble que vous savez exactement de qui je veux parler, puisque je vous ai vu les observer depuis le couloir principal. Il semblerait d'après certains renseignements que ces personnes s'intéressent de trop près aux affaires du roi, il serait franchement regrettable qu'ils découvrent les termes de notre accord, ne pensez-vous pas ?
- Si, bien entendu, mais cela complique considérablement les choses.
- Voyons, voyons, Nabuko. Vous n'allez pas me dire que quelques pauvres gardes vous rebutent ? Qui plus est vous serez amplement dédommagé pour vos services, le roi d'Ahzuwd est prêt à vous allouer une indemnité de cinquante mille pièces d'or. Ce qui, vous en conviendrez, représente une somme plus que généreuse pour ce travail.
- Je ne remets pas en cause la générosité de sa majesté, mais avez-vous vu l'étendue du dispositif de sécurité ? Il y a des gardes un peu partout et ils ont même déployé leurs mages de combat royaux, on m'a dit qu'ils étaient redoutables sur le champ de bataille. Que suis-je censé faire si je me retrouve face à l'un d'entre eux ?
- Je pensais qu'un homme qui a tué le chef de la Guilde des Voleurs et s'est introduit chez le roi de Nyt pour en faire de même ne serait pas rebuté par la difficulté, me serais-je trompé à votre sujet ? demande-t-il en esquissant un sourire sarcastique où tu vois briller une rangée de dents blanches taillées en pointes.
- Sachez que j'ai toujours mené à leur terme les contrats pour lesquels on me paie.
- Fort bien, je préfère entendre ça.
- Pouvez-vous me décrire le roi de Nyt ?
- Le roi d'Ahzuwd entrera dans cette salle en sa compagnie, vous aurez donc toute l'occasion de voir de qui il s'agit. Prenez donc ceci comme une avance sur vos frais, dit-il en te tendant une lourde bourse en cuir fermée par une cordelette. Il y a là cinq cent pièces d'or, vous en aurez cent fois plus lorsque vous aurez réalisé le contrat. N'oubliez pas que sa majesté les veut morts et non blessés, dans le cas contraire vous n'aurez rien de plus.
- Vous pouvez rassurer le roi, Magel comptera bientôt trois habitants de moins.
- Je vois que nous nous comprenons, Nabuko.
Sans rien dire de plus, il te quitte et retourne dans la salle de réception. Quel étrange personnage. Tu te demandes quels liens il peut bien entretenir avec le roi d'Ahzuwd, en tout cas tu n'apprécierais pas beaucoup être confronté à lui. Tu rejoins Phoebus et son amie pour t'entretenir avec eux, mais à ce moment là tu entends le grand chambellan faire une annonce :
- Vos Majestés, dit-il d'un ton solennel, le spectacle va commencer. Nous avons l'honneur de vous présenter la chanteuse Jaheira qui va vous interpréter la Complainte de la Pluie, elle sera accompagnée à l'ondine par le ménestrel Phoebus !
- Souhaite-nous bonne chance ! dit Phoebus alors qu'ils passent tous les deux devant toi avant de pénétrer dans la salle de réception.
Tu lui donnes une tape amicale sur l'épaule et tu les vois s'installer face à la table des convives, à proximité des grandes fenêtres de la salle. Les conversations cessent et un silence total finit bientôt par régner dans la salle.
La jeune femme se met alors à entonner une douce complainte mélancolique d' une voix pure et cristalline comme de l'eau de roche. L'ondine l'accompagne merveilleusement bien en produisant un son doux et mélodieux. Cette chanson berce l'assistance qui semble totalement envoûtée. La voix résonne en toi et te fait vibrer de tout ton être, c'est vraiment une sensation troublante.
Puis la chanson touche à son terme, tu as l'impression que les gens sont toujours sous le charme. Les applaudissements s'élèvent dans la salle, l' assistance leur fait un véritable triomphe. Jaheira et Phoebus saluent le public et se retirent dans la salle de spectacle voisine. Le grand chambellan reprend alors la parole :
- Vos Majestés, nous vous prions d'accueillir maintenant les danseuses et les jongleurs du balais royal de Calmka !
Les danseuses rentrent alors dans la salle de réception en effectuant des pas de danse parfaitement synchronisés et réalisés avec une grâce remarquable, elles sont accompagnées par un petit orchestre qui se met à jouer un air joyeux et festif. Entre à son tour le groupe de jongleurs où tu reconnais Melvin, lui et ses amis manipulent avec beaucoup d'aisance différentes balles, quilles et même torches qu'ils font virevolter d'une main à l'autre au-dessus de leur tête. Ils ont tous l'air de remporter un vif succès, leurs numéros audacieux t'impressionnent également beaucoup. Le grand chambellan rentre dans la salle de spectacle et te demande ainsi qu'à Zoltan de vous préparer. Il donne des instructions afin que soient disposés des fauteuils pour que les seigneurs et leurs dames soient à leur aise pour assister au tour de magie.
Le spectacle des danseuses et des ménestrels va probablement se poursuivre pendant un moment. Comme tu es déjà prêt et qu'il ne te reste plus qu'à monter sur scène, tu décides de retourner dans le couloir en attendant que les serviteurs aient fini d'installer les fauteuils dans la salle. Tu fais un petit tour au rez-de-chaussée pour repérer les lieux et te faire une idée du nombre de gardes. Tu en comptes seize, quatre devant l'entrée principale et quatre devant chacune des trois portes menant aux salles de réception, de bal et de spectacle. Au dehors tu avais dénombré près de huit gardes sur les hauteurs du château et pratiquement autant devant la grande porte d'enceinte et les écuries royales. Tu n'en es pas certain, mais ton expérience te dit qu'il doit sûrement y en avoir d'autres en réserve pour garder chacun des cinq étages du château. En poursuivant ton petit tour du propriétaire, tu dénombres également huit mages de combat royaux en tout qui patrouillent par deux le long des couloirs du château. Le dispositif de sécurité est vraiment important, mais il faut dire que les conseils de seigneurs réunissant toutes les têtes couronnées de Magel sont très rares, le dernier en date remonterait à près de cinquante ans d'après ce que t'avait dit Zoltan.
Tu t'approches d'un jeune garde en faction et tu lui adresses la parole :
- Bonsoir, fais-tu en lui souriant amicalement. Ne serait-ce pas les fameux
mages de combat royaux de Calmka que je vois là-bas ?
- Affirmatif, te répond-il sur un ton militaire.
- Pourriez-vous m'en dire plus sur eux, je les trouve bien mystérieux ?
- Ces mages sont la fierté de notre roi dont ils assurent la sécurité personnelle. Ils ont suivi l'enseignement des derniers grands mages que compte notre planète, on dit que leurs pouvoirs dépassent de loin ceux de la plupart des mages connus. Je n'étais encore qu'un enfant à l'époque, mais on m'a raconté leurs exploits lors des batailles de la Voie Côtière.
- Leurs exploits ?
- Exactement. Il y a plus de dix ans de ça, eurent lieu de grandes batailles qui opposèrent plusieurs royaumes de Magel au Peuple de la Mer, des espèces de barbares qui avaient entrepris de s'installer le long de nos côtes. Ils avaient même commencé à construire des fermes et à faire pousser du blé, tout ça sur nos terres, vous vous rendez compte ! Les rois de Nyt, d'Ijvawss et d'Ahzuwd avaient alors assuré que les barbares seraient écrasés et repoussés à la mer avant l'arrivée de l'automne, mais cette guerre s'est rapidement transformée en un véritable bain de sang et l'hiver approchait à grands pas. C'est qu'ils étaient forts et résistants les bougres ! Le roi de Calmka qui avait jusqu'alors refusé d'y prendre part, a finalement été convaincu par les autres rois de leur apporter son aide afin de porter un coup fatal aux barbares. Il pris alors la tête de sa grande armée en compagnie de ses mages de combat royaux, il pouvait également compter sur feu le général Jarkeld et sur le jeune lieutenant Armand, qui allait par la suite devenir l'un des héros de cette guerre et être promu au grade de capitaine. S'ensuivirent de terribles affrontements qui resteront à jamais gravés dans l'histoire de Magel. Jarkeld se fit tuer au combat et il ne resta bientôt plus qu'Armand et sa célèbre compagnie de chevaliers pour s' interposer entre le roi et les barbares, ceux-ci avançaient en nombre avec la ferme idée d'en découdre. Ni le froid ni la famine qui touchait pourtant leur peuple ne les avait découragés, ils flanquaient une sacrée frousse aux soldats car ils n'avaient plus rien à perdre et étaient prêts à se battre jusqu'au bout, seulement guidés par l'énergie du désespoir. On rapporte que le roi hésita longuement avant de se décider à déployer ses mages, mais il dut s'y résoudre afin de préserver la vie de ses hommes. Il demanda alors au lieutenant Armand de disposer ses troupes le long des collines bordant la Voie Côtière et lança ses mages face aux barbares. Les mages étaient tout au
plus une vingtaine contre près d'un millier d'hommes armés et sur-entraînés. Ils unirent leurs forces pour invoquer les forces de la nature et envoyèrent des élémentaux de feu et des golems à la rencontre des barbares, puis ils en appelèrent à la foudre qui s'abattit sur eux et les décima par centaines. Pour finir le lieutenant Armand descendit des collines avec ses troupes et encercla les survivants qui durent s'enfuir à la nage pour regagner leurs bateaux. J'ignore l'étendue réelle des pouvoirs des mages, mais certaines rumeurs affirment qu'ils sont bien plus puissants que ce qu'ils veulent laisser croire.
Magel Assassinat : Nabuko
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Le spectacle touche à sa fin et les artistes quittent la salle de réception sous de chaleureux applaudissements. Tu entends le grand chambellan reprendre une nouvelle fois la parole :
- Vos Majestés, nous vous prions de bien vouloir prendre place dans la salle de spectacle où un numéro de magie exceptionnel va être donné en votre honneur !
Tu remercies le jeune garde et tu t'empresses de retourner dans la salle de spectacle. Tous les fauteuils sont disposés et les artistes rassemblent leurs affaires tandis que les nobles commencent à entrer et à s'installer.
Tu vois Zoltan près de la scène en train de te faire signe de mettre ton masque et de le rejoindre. Le spectacle va bientôt commencer.
En observant la porte communicante avec la salle de réception, tu vois le roi d'Ahzuwd entrer en compagnie d'un autre homme. Il n'est pas très grand et un peu fort, il porte des habits bouffants violets brodés de fils d'or et un chapeau assorti où trônent trois longues plumes blanches maintenues par un joyaux, c'est le roi de Nyt. Les rois prennent place dans les fauteuils situés aux premiers rangs, à leurs côtés se trouvent les souverains de Calmka, ainsi que la femme en robe de bal pourpre accompagnée du jeune homme aux cheveux blancs. La salle se remplit bientôt de tous les seigneurs et dames, parlant et posant des questions au sujet du tour de magie. Au fond de la salle tu reconnais Phoebus levant les pouces pour t'encourager, mais aussi Melvin et les danseuses rassemblés avec les autres artistes dans un coin, tous les regards sont braqués sur vous.
Tu mets ton masque et tu montes sur la scène où t'attend Zoltan. Il a l'air très nerveux et fébril, il se tourne vers toi et te regarde d'un air inquiet :
- Pourvu que ça marche, Nab.
- Ne vous en faîtes-pas, Zoltan, tout fonctionne parfaitement bien, je suis sûr que tout se passera comme prévu. Et puis je ne tiens pas à être embroché, n'est-ce pas ?
- Mais oui, bien sûr ! fait-il en souriant, un peu plus détendu.
A ce moment le grand chambellan demande le silence, il frappe à trois reprises de son bâton sur le sol puis le lève dans votre direction pour vous faire signe que vous pouvez commencer. Zoltan s'avance face à l'assistance et annonce sur un ton théâtral :
- Vos Majestés, nobles Seigneurs et Dames de Magel ! Mon assistant, le formidable Nab et votre humble serviteur, le grand Zoltan, avons l'honneur et le grand plaisir de vous présenter un tour de magie exceptionnel ! Mon assistant va entrer dans cette caisse et je vais y enfoncer ces épées, dit-il en désignant les quatre longues lames disposées sur une table. Maintenant à vous, Nab, dit-il en te faisant signe d'entrer dans la caisse.
L'assistance applaudit puis se met à chuchoter, quelques dames ont l'air inquiètes du sort qui t'attend. Toi aussi d'ailleurs, mais tu fais confiance à Zoltan et tu entres dans la caisse, tu te recroquevilles alors qu'il la referme. Tu l'entends passer de lourdes chaînes autour de la caisse, suivi des cliquetis de solides cadenas. Tu ne vois pas grand chose à l'intérieur, un peu de lumière rentre tout de même par les fentes destinées à recevoir les lames des épées. Tu tâtonnes le sol à la recherche de la trappe, mais tu ne la trouves pas. Où peut-elle bien être ? Tu vois par l'une des fentes Zoltan se diriger vers la table et empoigner deux épées. Tu cherches désespérément la trappe et c'est alors que tu sens ta main droite appuyer sur une petite planche qui pivote rapidement sur elle-même, elle enclenche un mécanisme et le sol s'ouvre sous tes pieds. Tu es un peu surpris, mais tu arrives à te glisser sous la scène sans un bruit. En levant la tête tu vois une première épée traverser de part en part la caisse, suivie rapidement d' une deuxième. Tu entends alors des voix s'élever dans l'assistance, les gens ont l'air impressionnés et même terrifiés par ce qui se passe, tu remercies le ciel d'avoir trouvé la trappe. Une troisième épée s'enfonce cette fois-ci en diagonale, des dames laissent échapper un cri de peur alors que Zoltan enfonce la quatrième et dernière épée qui transperce la caisse de haut en bas. Puis il retire les épées une à une et tu sens que le moment est venu pour toi de reprendre ta place, tu enlèves la poussière qui s'est déposée sur ton costume et tu te hisses à la force de tes bras à l'intérieur de la caisse. Tu appuies de nouveau sur la petite planche et la trappe se referme sans un bruit. Zoltan retire les chaînes et reprend la parole devant l' assemblée :
- A présent, Vos Majestés, nobles Seigneurs et Dames de Magel, regardez le miracle s'accomplir ! s'exclame-t-il en laissant tomber sur le sol quelques gouttes de sa liqueur d'explosion.
Tu vois apparaître une vive lueur instantanément suivie de plusieurs explosions, c'est ce moment précis que tu choisis pour jaillir de la caisse au milieu d'une fumée blanchâtre, en retirant ton masque et en levant les bras en signe de victoire. Tout le monde a l'air très surpris de te voir encore en vie, le public est partagé entre le soulagement et la peur.
Quelques applaudissement s'élèvent dans la salle relayés par ceux des ménestrels, puis tous les seigneurs et dames se lèvent de leur fauteuil et vous applaudissent chaleureusement. C'est un véritable triomphe ! Tu te retournes vers Zoltan, il en a les larmes aux yeux.
- Vous voyez. Qu'est-ce que je vous avais dit, Zoltan ?
Le petit homme en a la voix coupée, il te tend la main droite, tu sors de la caisse et tu prends sa main dans la tienne. Vous vous avancez vers le rebord de la scène et vous saluez le public qui continue à vous applaudir avec enthousiasme.
- Félicitations ! s'exclame le roi de Calmka en s'approchant de vous en compagnie de la reine.
- Vous nous avez offert un spectacle vraiment exceptionnel, mes amis, dit la reine. Vous méritez bien vos noms de grand Zoltan et de formidable Nab ! J' espère que vous nous ferez l'honneur de participer au bal ?
- Tout l'honneur est pour nous, dit Zoltan en s'inclinant. C'est avec grand plaisir que nous acceptons votre invitation, votre Majesté.
- Fort bien, dis le roi, nous vous laissons à vos amis. Mettez-vous à votre aise et rejoignez-nous dans la salle de bal.
Le grand chambellan reprend la parole :
- Vos Majestés, nous vous prions de bien vouloir vous rendre dans l'autre salle afin d'assister au grand bal qui clôturera cette soirée !
Zoltan est assailli par des nobles qui lui posent toutes sortes de questions, apparemment votre tour de magie a remporté un vif succès et chaque famille royale de Magel souhaite que vous veniez donner une représentation dans leur royaume. Zoltan est aux anges. Tu le laisses à ses admirateurs et tu te diriges vers Phoebus et les ménestrels. Ils t' accueillent en te serrant la main et en te félicitant amicalement.
- Bravo, Nab ! s'exclame Phoebus. J'ai été sacrément impressionné, pendant un moment je dois avouer que j'ai eu peur pour toi. J'ai tremblé en pensant qu'il t'était peut-être arrivé la même chose qu'à son ancien assistant. Mais dis-moi, comment as-tu fait ?
- Ah ça, c'est un secret ! Mais c'est vrai que j'ai eu chaud.
- Vraiment !? fait-il en rigolant. En tout cas je n'ai jamais vu Zoltan aussi heureux, je crois que grâce à toi il a réalisé l'un de ses plus beaux rêves, il a enfin le triomphe qu'il attendait depuis si longtemps.
- Oui, il le mérite vraiment.
- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant, tu vas partir en tournée avec lui à travers Magel ? Vous allez devenir riches !
- Pour le moment je ne sais pas, je n'ai encore rien décidé.
- Tu as raison, prends ton temps, profite déjà de ta gloire de ce soir, ces moments sont suffisamment rares dans la vie d'un artiste.
- Dis-moi, je t'ai vu me faire un signe lorsque je suis arrivé dans la salle, tu voulais me dire quelque chose de particulier ?
- Non, pas vraiment, en fait je voulais juste t'encourager et te souhaiter bonne chance pour ton tour. Je souhaitais également te présenter la chanteuse que j'accompagnais, Jaheira.
- Ah bon, au fait où est-elle ? Je ne la vois pas.
- A vrai dire je me posais la même question que toi, elle était encore là avant ton tour et puis elle a disparu, j'ignore où elle est passée. Elle est peut-être montée à l'étage avec l'un de ses soupirants.
- Tu crois ? demandes-tu en souriant.
- Qui sait ? Il se passe bien plus de choses qu'on ne peut le croire chez les nobles.
- A ce propos, pourrais-tu me dire qui est cette personne ? demandes-tu en lui montrant la femme à la robe de bal pourpre.
- Ah ouais, elle est vraiment pas mal. On peut dire que tu vises haut Nab, mais à ta place je n'essaierais même pas ! Il s'agit de Dame Séléna, c'est l'émissaire spécial de l'Organisation du Commerce. A ce qui paraît c'est elle qui a renégocié avec l'Oeil Noir les accords commerciaux qui unissent les royaumes de Magel à Lema, elle est très influente et a beaucoup de pouvoir. Par une simple décision l'O.C. peut faire la fortune ou la ruine d'un pays. Elle a dû être dépêchée par ses employeurs pour assister au conseil des seigneurs de demain.
- Je vois. Et tu ne saurais pas par hasard qui est celui qui l'accompagne ?
- Aucune idée, fait-il en haussant les épaules. Je suppose que c'est son cavalier pour le bal.
- Merci pour l'info, Phoebus. Il faut que je me change, nous aurons peut-être l'occasion de nous revoir pendant la soirée ?
- Oui, il y a des chances, je crois que le grand chambellan organise un peu plus tard un petit banquet pour remercier l'ensemble des artistes et leur remettre leur salaire.
- D'accord, alors à tout à l'heure !
Tu te rends derrière un grand drap qui a été tendu dans un coin de la pièce pour permettre aux artistes de se changer. Tu retires ton costume que tu ranges dans ton sac, puis tu enfiles la longue veste marron aux boutons dorés, le pantalon bouffant assorti et la paire de bottes que t'avait donnée Zoltan. Tu t'arranges devant un miroir en t'assurant que tes auto-lanceurs d 'uzis passent toujours inaperçus. En balayant rapidement la pièce du regard, tu n'aperçois aucun autre garde que ceux que tu as déjà vu, apparemment les soldats et les mages de combat de Calmka ont été chargés d'assurer à eux-seuls la protection des invités, voilà pourquoi le dispositif de sécurité est aussi important. Certains rois et reines sont accompagnés, mais il s'agit le plus souvent de conseillers ou de diplomates. La plupart des gardes sont équipés de lourdes armures et de grandes hallebardes tranchantes munies d'une sorte de mini-canon à leur sommet, tu devines qu'il doit s'agir d'un laser, petite taille mais résultat garanti.
Les seigneurs quittent la salle de spectacle pour se rendre dans celle de bal, où tu entends d'ailleurs un orchestre jouer une valse mélodieuse. Tu aperçois le roi d'Ahzuwd se diriger à son tour vers la porte d'entrée, l'y attend un homme que tu ne connais pas, il tient à la main une mallette frappée aux armoiries d'Ijvawss, c'est peut-être un diplomate mais curieusement il n'en a pas l'air. Le roi a l'air surpris, ils échangent quelques mots puis s'éloignent hors de portée de vue. Tu remarques que tout comme toi le jeune homme aux cheveux blancs a observé la scène, il est bientôt rejoint par Séléna, l'émissaire de l'O.C., qui l'attrape gentiment par le bras et l'emmène dans la salle de bal. Tu cherches le roi de Nyt mais il n'est plus là, il doit probablement déjà s'y trouver avec les autres invités.
Lorsque tu arrives à ton tour dans la salle de bal en compagnie de Zoltan, vous êtes à nouveau assaillis par de nombreux admirateurs qui vous complimentent sur votre prestation. Tout autour de toi, les seigneurs et dames sont en train de danser au son d'une magnifique valse dont tu admires le talent du compositeur et des musiciens. Les robes de bal virevoltent au gré des pas, les colliers de perles et les pierres précieuses brillent de mille éclats. Tu es impressionné et charmé par autant de richesses et de beauté, mais tu ne peux t'empêcher de penser à tous les pauvres qui à travers les royaumes vivent dans la précarité, à tous ceux et celles qui n' auront probablement jamais accès à toutes ces richesses. Il t'apparaît de plus en plus clairement, que les derniers déchaînements de violence à travers les royaumes pourraient servir de déclencheur au mécontentement qui gronde dans le peuple.
Tu envisages d'adresser la parole au roi de Nyt qui se trouve effectivement dans la salle de bal, mais celui-ci est en présence du roi d'Ijvawss et des souverains de Calmka, ils sont en pleine discussion avec plusieurs hauts dignitaires. Ce n'est probablement pas le moment opportun de lui adresser la parole, qui plus est moins de gens te verront avec lui, mieux ce sera. Apparemment le roi de Nyt ne possède aucune arme sur lui, il ne dispose non plus d'aucune escorte de gardes, tu te dis qu'après ce qui s'est passé à Nyt il a dû partir en quelque sorte en catastrophe pour venir trouver refuge à Calmka.
Tu cherches du regard Dame Séléna et son cavalier, le jeune homme aux chevaux blancs. Tu les trouves en train de danser tous les deux, ils ont l' air de bien s'entendre, d'être heureux ensemble. Séléna lui souriant avec tendresse, le jeune homme mène la dense avec maestria. La haute émissaire de l'O.C. est véritablement une très belle femme, elle doit avoir près de la trentaine, elle a de longs cheveux châtains ondulés qui reposent avec grâce sur ses épaules, des yeux profonds à l'éclat émeraude et une peau satinée qui mettent en valeur la finesse de ses traits et la délicatesse de son visage. Tu te dis qu'elle doit vraiment avoir beaucoup de succès avec les hommes, son charme ne te laisse d'ailleurs pas indifférent. Il te semble soudain entendre une voix familière provenant du grand couloir, c'est celle du roi d'Ahzuwd :
- A moi, la garde !
Peu de gens semblent avoir été alertés par l'appel couvert en grande partie par la musique de l'orchestre, mais certaines personnes à l'entrée se sont retournées et regardent intriguées, les quatre gardes se trouvant à l'entrée de la salle de bal quitter leur poste et se précipiter dans le couloir en
direction de l'endroit d'où provient la voix. Séléna et son cavalier qui se trouvent non loin de la porte s'arrêtent de danser et échangent quelques mots, le jeune homme a l'air de vouloir se rendre compte par lui-même de ce qui s'est passé, il tente de la rassurer puis il la quitte et se précipite à la suite des gardes dans le couloir. Tu te dis que ce doit être une diversion du roi destinée à éloigner les gardes afin de te laisser les mains libres, à moins qu'il ne lui soit réellement arrivé quelque chose. Tu décides de t'approcher de Séléna et de te présenter, elle a l'air inquiète de ce qui arrive :
- Bonsoir, mademoiselle.
- Bonsoir, monsieur. Nab, je crois bien que c'est ainsi que vous vous appelez ?
- En effet. Je suis enchanté de faire votre connaissance, Dame Séléna. dis-tu respectueusement en lui faisant un baise-main. On ne m'a pas menti sur vos charmes, vous êtes vraiment la plus belle femme de cette soirée.
- C'est très gentil de votre part, je suis flattée. Mais gardez cela pour vous si vous ne souhaitez pas vous faire des ennemis. ajoute-t-elle avec humour. Je tiens à vous féliciter personnellement, ainsi que votre ami magicien, pour votre tour de ce soir, c'était vraiment très réussi, du grand spectacle.
- Merci beaucoup, Dame Séléna, ce fut un plaisir et un honneur pour nous de jouer devant des spectateurs de votre qualité.
- Je vous prie de m'excuser maintenant, dit-elle tout en regardant avec insistance en direction du couloir, mais je dois rejoindre mon ami.
- Ce doit être le jeune homme avec qui vous dansiez tout à l'heure, si je ne m'abuse ?
- Oui, c'est bien lui, il s'agit de Messire Dolin.
- Dame Séléna, j'ai le devoir de vous annoncer quelque chose de grave.
- Quoi donc ? demande-t-elle avec inquiétude.
- Sachez qu'il m'est difficile de vous dire cela, mais voilà. Quelqu'un parmi cette assemblée veut votre mort.
- Que me dites-vous !?
- Je vous assure qu'il vous faut prendre cette menace très au sérieux, une rumeur court en ce moment à propos de personnes qui tenteraient de vous assassiner. Auriez-vous une idée de qui peut vous en vouloir et pour quelles raisons ?
- Je. je l'ignore. Il est vrai que j'ai pu me faire de nombreux ennemis au cours de ma carrière, mais de là à vouloir me tuer ? A moins que.
A ce moment là tu vois l'orchestre voler en éclats dans un fracas épouvantable, les musiciens et leurs instruments projetés à travers la salle. Les invités poussent des cris de terreur et courent dans tous les sens. Tu te retournes et tu vois Jaheira, la jeune chanteuse qu'accompagnait tout à l'heure Phoebus, se dresser à l'entrée de la porte, la main gauche tendue en direction de l'endroit où se tenait l'orchestre il y a encore quelques secondes. Ses yeux brillent d'une lueur étrange, elle lève les bras en entonnant une incantation et apparaissent deux sortes de murs translucides à chacune des entrées de la salle, coupant toute fuite possible aux invités pris de panique. Séléna et toi vous écartez de leur passage, alors que les quatre gardes présents à l'autre porte se fraient un chemin au milieu des invités afin d'intercepter Jaheira.
- Au nom du roi, je vous ordonne de vous rendre ! lui demande l'un d'entre eux en la menaçant du canon-laser de son hallebarde.
Jaheira se tourne dans sa direction et le fixe d'un air mauvais, à la fois prédateur et démoniaque, on la dirait habitée par une folie dévastatrice. Le garde est bientôt rejoint par les trois autres qui la menacent à leur tour.
Elle sourit, mais c'est davantage un rictus qu'autre chose, elle écarte ensuite ses bras en les arquant vers l'arrière, comme si elle cherchait à prendre une certaine forme d'élan, puis elle les rabat violemment vers l'avant, les tendant en direction des quatre gardes. Une incroyable vague d' énergie tourbillonnante s'abat sur eux, les déchiquetant comme s'ils étaient frappés par de puissantes lames d'acier. Deux d'entre eux ouvrent tout de même le feu, mais en vain, leurs tirs disparaissant comme absorbés par le maelström destructeur. Les quatre gardes s'effondrent sur le sol, atrocement mutilés et baignant dans leur sang. Jaheira se tient au milieu de la salle, ricanant et se moquant des mines terrifiées des invités. Tu remarques que l'ami de Séléna, Dolin, est de retour et qu'il prend de l'élan depuis le couloir pour se jeter sur Jaheira, mais il est violemment rejeté sur le sol, le mur invisible lui interdisant l'entrée de la salle de bal. Il se relève et tape de toutes ses forces à l'aide de ses poings sur ce mur, mais rien n' y fait. Tu t'apprêtes à sortir tes uzis lorsque Séléna met sa main sur ton bras et te dit à voix basse :
- Tenez-vous tranquille, Nab, je vais tenter de la neutraliser.
- Vous ? demandes-tu septique.
- Comme vous pouvez tous être si pathétiques. déclare Jaheira avec mépris.
Vous autres rois et seigneurs de Magel qui avez massacré mon peuple, alors que nous ne demandions qu'un peu de terres pour nous installer le long de vos côtes, juste de quoi nourrir nos enfants et nos familles. Vous autres monstres et despotes n'avez pensé qu'à préserver vos intérêts, votre arrogance aura causé la mort des miens et celle de milliers de soldats. Ce soir, oui ce soir vous allez périr pour venger tous ces morts ! Moi, Jaheira, fille du Peuple de la Mer, je vais laver vos crimes avec votre propre sang !
Tu la vois alors retirer sa robe noire diaphane, révélant un juste au corps de la même couleur. Elle lève les bras et apparaissent aussitôt un arc etdes flèches dans ses mains, elle a l'air d'exulter, ses cheveux gris bougeant au gré d'un vent invisible. Mais qu'est-elle, une sorcière, une sirène ?
- Je ne vois pas votre ami le roi d'Ahzuwd, poursuit-elle, mais son heure viendra pour lui aussi, n'est-ce pas, chers sires d'Ijvawss, de Nyt et de Calmka ? demande-t-elle avant de ricaner une nouvelle fois de façon sinistre et menaçante. Honneur à notre hôte, dit-elle en bandant son arc et en le pointant sur le roi de Calmka. Mort aux tyrans ! crie-t-elle en décochant sa flèche qui vient se loger directement en plein dans la poitrine du roi.
La reine s'effondre en larmes sur le corps inanimé de son époux. Les invités poussent à nouveau des cris de terreur, des dames tombent au sol en pleurs, d'autres invités essaient de fuir par la seconde porte mais ils sont confrontés au même mur que celui qui s'élève en face de Dolin. Celui-ci essaie d'ailleurs d'attirer l'attention de Séléna pour lui faire comprendre où il se trouve, c'est à ce moment là qu'elle se met à entonner une incantation, puis elle tend la main droite dans la direction de Jaheira. Tu sens une odeur d'ozone suivie d'un crépitement alors qu'un formidable éclair bleuté jaillit de sa main et vient frapper Jaheira de plein fouet. Celle-ci est violemment projetée contre le mur opposé, elle paraît sonnée par cette attaque surprise qui aurait probablement tué sur le coup n'importe qui, mais elle semble bénéficier d'une certaine protection magique. Elle se relève péniblement et tend ses mains en avant alors que Séléna lance une seconde attaque énergétique dévastatrice, celle-ci est déviée lorsqu'elle atteint Jaheira, l'éclair se perdant dans un coin de la salle touche plusieurs personnes au passage qui s'effondrent foudroyées sur l'instant.
- Une magicienne. dit Jaheira, ce n'était pas vraiment prévu, mais je ne te laisserai pas te mettre en travers de mon chemin !
Elle entonne un chant très aigu qui te blesse les oreilles, le sang te bat aux tempes, tu as l'impression que ta tête va exploser. Tu vois tous les invités mettre leurs mains sur leurs oreilles, ils souffrent visiblement beaucoup, Séléna lutte également de toutes ses forces contre ce chant démoniaque. C'est alors que Jaheira tend les mains dans sa direction et une puissante vague d'énergie projète Séléna en direction de ce qui reste de l' orchestre. Elle s'affaisse sur le sol telle une poupée désarticulée, sa robe de bal déchirée par endroits et du sang coulant de son nez et de sa bouche. Jaheira cesse de chanter et se retourne triomphalement vers le reste de l' assistance, elle ramasse son arc et y glisse une nouvelle flèche.
- A qui le tour à présent ?
Bien que tu ne l'entendes pas, tu vois Dolin crier de désespoir, des larmes striant ses joues, ses poings se serrant sous la colère et l'impuissance qu' il ressent. C'est alors que le rejoignent quatre mages de combat royaux de Calmka, ils ont visiblement l'air choqués par ce qu'ils découvrent. L'un d' entre eux s'approche de la porte et effleure la surface du mur invisible, il demande quelque chose à Dolin et tu vois celui-ci s'écarter. Les mages se mettent alors à concentrer leur énergie et à entonner les paroles d'un puissant sort d'abjuration, des éclairs sombres commençant à déchirer le mur invisible.
Les invités sont une nouvelle fois pris de panique, ils se retranchent aux quatre coins de la salle, les seigneurs essayant de protéger leur dame. Jaheira bande son arc et le pointe en direction du roi d'Ijvawss, la voyant faire celui-ci prend la fuite.
- Inutile de courir, roi d'Ijvawss, dit Jaheira d'une voix implacable, votre destin est scellé !
Elle décoche sa flèche qui transperce le cou du roi. Il lâche un râle rauque suivi d'une sorte de gargouillis d'air et de sang. Il essaie de crier, mais aucun son ne sort de sa gorge. Il tente ensuite pathétiquement de retirer la flèche fichée dans son cou puis finit par tomber sur le sol, du sang s' écoulant de sa bouche. L'assistance est choquée, les invités regardent avec effroi le corps du roi d'Ijvawss s'agiter de quelques derniers soubresauts.
- Je pense qu'il ne reste plus que vous, cher roi de Nyt. dit-elle en mettant une nouvelle flèche à son arc.
- Non, pitié ! dit-il en marchant à reculons. Epargnez-moi, je vous en prie.
- De la pitié. Comment pourrais-je en avoir pour vous et vos pairs qui avez massacré les miens ? Ayez un peu de dignité et sachez affronter la mort lorsqu'elle se présente à vous ! s'exclame-t-elle en bandant son arc et en le pointant en direction du roi.
Tu te dis que tout cela prend des proportions inquiétantes, Jaheira risque de tous vous exterminer. Qui plus est si c'est elle qui tue le roi de Nyt, tu ne toucheras pas la récompense que l'on t'a offerte. Dans un déchirement de tonnerre, le mur invisible se dissipe et les quatre mages de combat font irruption dans la salle de bal. Jaheira se retourne et les regarde avec surprise, elle ne s'attendait visiblement pas à ce qu'ils brisent si rapidement son mur de force.
- Vous allez payer pour vos crimes ! déclare l'un des mages en la menaçant du doigt.
- C'est ce que nous allons voir. dit-elle en laissant tomber son arc et en réunissant dans ses mains la totalité des flèches de son carquois avant d' entonner une incantation.
- Attention, elle va lancer un sort de flèches enflammées ! crie l'un des mages.
Les quatre mages dessinent des arabesques lumineuses en face d'eux et se retrouvent rapidement entourés d'une aura protectrice, ceci alors que les flèches se trouvant dans les mains de Jaheira s'élèvent et s'enflamment autour d'elle. Elle fait ensuite un mouvement avec ses bras comme si elle poussait vers l'avant et les flèches enflammées foncent à toute vitesse sur les mages. C'est un véritable déluge de feu qui s'abat sur eux. La plupart des flèches sont déviées et finissent leur course fichées dans le mur, mais certaines d'entre elles parviennent tout de même à briser les défenses d'un mage qui se retrouve rapidement criblé de flèches, les flammes dévorant ses habits. Un autre mage semble avoir été blessé à l'épaule et au flanc, mais son bouclier de protection a malgré tenu le choc. Les trois mages restant décident de passer à l'attaque, ils tendent leurs mains en avant et lancent des salves d'orbes énergétiques étincelantes sur Jaheira. Elle en esquive un grand nombre grâce à une incroyable agilité, mais certaines réussissent tout de même à la frapper et elle tombe au sol, sesoutenant à l'aide de ses mains. Ses longs cheveux rabattus vers l'avant cachent son visage, elle semble pour la première fois montrer des signes de fatigue.
Dolin profite de ce répit et il se précipite vers Séléna qu'il trouve agonisante, elle doit souffrir d'une hémorragie interne. Ses paupières sont agitées, il met sa main sur son aorte afin d'en sentir le pouls. Il l' allonge ensuite sur le côté et il prend sa main dans la sienne, de l'autre il écarte les cheveux collés par le sang qui masquent le visage de Séléna.
Comme tu te trouves à proximité d'eux, tu arrives à entendre ce qu'ils se disent :
- Séléna, m'entendez-vous ? Je vous en prie, répondez-moi.
- Do. Dolin. Est-ce que c'est vous ? demande-t-elle d'une petite voix à peine audible.
- Oui, Séléna, je suis là.
- Je. je ne sens plus mes jambes, Dolin. J'ai mal, si mal.
- Tenez-bon, les secours arrivent.
Elle lève son autre main et lui caresse la joue puis les lèvres du bout des doigts.
- Dommage que nous nous soyons rencontrés si tard, dit-elle alors que des larmes coulent le long de ses joues, nous aurions pu être heureux ensemble. Je. je vous.
- Ne parlez-pas, Séléna, dit-il le cour et la gorge serrée, gardez vos forces et reposez-vous.
- Dolin ? s'étonne Jaheira en relevant la tête, ses yeux brillant d'une lueur inquiétante. Après t'avoir cherché pendant toutes ces années à travers les royaumes, je te retrouve enfin et il faut que ce soit parmi eux ! Aurais-tu donc oublié qui tu es ?
Les mages l'ont encerclée et tendent leurs mains dans sa direction, prêts à lui asséner une nouvelle salve d'orbes énergétiques qui lui seront cette fois-ci fatales.
- Arrière ! crie-t-elle en se relevant et en déployant une vague d'énergie aussi puissante qu'inattendue qui jète les mages au sol. Je vais devoir vous quitter, dit-elle à l'attention de l'assemblée, mais rassurez-vous, nous nous retrouverons plus tôt que vous ne le croyez.
Elle fait un geste en direction d'une des grandes fenêtres de la salle de bal et celle-ci explose, chaque invité tentant de protéger son visage des bris de verre. Elle prend rapidement de l'élan et saute au-dehors, elle semble comme flotter dans les airs en direction de l'enceinte du château.
Les mages se relèvent difficilement, l'un d'entre eux se dirige vers le roi de Calmka, l'autre vers celui d'Ijvawss et le dernier vers Dolin et Séléna.
Il se penche sur elle et impose ses mains sur la tête et la poitrine de Séléna, une lumière chaude irradiant de ses paumes.
- Je vous en prie, lui dit Dolin, sauvez-la.
Tu remarques que le mage est lui-même blessé, il a les traits tirés, cela doit lui demander beaucoup d'énergie. En regardant par le trou béant laissé par la fenêtre, tu constates que de nombreux soldats postés dans la cour du château ont ouvert le feu sur Jaheira, il semble même qu'ils aient été rejoints par des mages de combat. Face à toi se trouve le roi de Nyt qui se tient la tête à deux mains, visiblement choqué par ce qui s'est passé.
Personne ne te surveille, tu te dis que l'occasion est trop belle pour ne pas être saisie. La salle de bal ne se trouve tout au plus qu'à trois mètres du sol, il te serait facile d'ouvrir le feu sur le roi de Nyt puis de sauter par la fenêtre et ensuite de profiter de la confusion qui règne au dehors pour prendre la fuite. Mais tu te demandes si tu dois également tuer Dolin et Séléna comme te l'a demandé le roi d'Ahzuwd ou leur laisser la vie sauve.
- Vos Majestés, nous vous prions de bien vouloir prendre place dans la salle de spectacle où un numéro de magie exceptionnel va être donné en votre honneur !
Tu remercies le jeune garde et tu t'empresses de retourner dans la salle de spectacle. Tous les fauteuils sont disposés et les artistes rassemblent leurs affaires tandis que les nobles commencent à entrer et à s'installer.
Tu vois Zoltan près de la scène en train de te faire signe de mettre ton masque et de le rejoindre. Le spectacle va bientôt commencer.
En observant la porte communicante avec la salle de réception, tu vois le roi d'Ahzuwd entrer en compagnie d'un autre homme. Il n'est pas très grand et un peu fort, il porte des habits bouffants violets brodés de fils d'or et un chapeau assorti où trônent trois longues plumes blanches maintenues par un joyaux, c'est le roi de Nyt. Les rois prennent place dans les fauteuils situés aux premiers rangs, à leurs côtés se trouvent les souverains de Calmka, ainsi que la femme en robe de bal pourpre accompagnée du jeune homme aux cheveux blancs. La salle se remplit bientôt de tous les seigneurs et dames, parlant et posant des questions au sujet du tour de magie. Au fond de la salle tu reconnais Phoebus levant les pouces pour t'encourager, mais aussi Melvin et les danseuses rassemblés avec les autres artistes dans un coin, tous les regards sont braqués sur vous.
Tu mets ton masque et tu montes sur la scène où t'attend Zoltan. Il a l'air très nerveux et fébril, il se tourne vers toi et te regarde d'un air inquiet :
- Pourvu que ça marche, Nab.
- Ne vous en faîtes-pas, Zoltan, tout fonctionne parfaitement bien, je suis sûr que tout se passera comme prévu. Et puis je ne tiens pas à être embroché, n'est-ce pas ?
- Mais oui, bien sûr ! fait-il en souriant, un peu plus détendu.
A ce moment le grand chambellan demande le silence, il frappe à trois reprises de son bâton sur le sol puis le lève dans votre direction pour vous faire signe que vous pouvez commencer. Zoltan s'avance face à l'assistance et annonce sur un ton théâtral :
- Vos Majestés, nobles Seigneurs et Dames de Magel ! Mon assistant, le formidable Nab et votre humble serviteur, le grand Zoltan, avons l'honneur et le grand plaisir de vous présenter un tour de magie exceptionnel ! Mon assistant va entrer dans cette caisse et je vais y enfoncer ces épées, dit-il en désignant les quatre longues lames disposées sur une table. Maintenant à vous, Nab, dit-il en te faisant signe d'entrer dans la caisse.
L'assistance applaudit puis se met à chuchoter, quelques dames ont l'air inquiètes du sort qui t'attend. Toi aussi d'ailleurs, mais tu fais confiance à Zoltan et tu entres dans la caisse, tu te recroquevilles alors qu'il la referme. Tu l'entends passer de lourdes chaînes autour de la caisse, suivi des cliquetis de solides cadenas. Tu ne vois pas grand chose à l'intérieur, un peu de lumière rentre tout de même par les fentes destinées à recevoir les lames des épées. Tu tâtonnes le sol à la recherche de la trappe, mais tu ne la trouves pas. Où peut-elle bien être ? Tu vois par l'une des fentes Zoltan se diriger vers la table et empoigner deux épées. Tu cherches désespérément la trappe et c'est alors que tu sens ta main droite appuyer sur une petite planche qui pivote rapidement sur elle-même, elle enclenche un mécanisme et le sol s'ouvre sous tes pieds. Tu es un peu surpris, mais tu arrives à te glisser sous la scène sans un bruit. En levant la tête tu vois une première épée traverser de part en part la caisse, suivie rapidement d' une deuxième. Tu entends alors des voix s'élever dans l'assistance, les gens ont l'air impressionnés et même terrifiés par ce qui se passe, tu remercies le ciel d'avoir trouvé la trappe. Une troisième épée s'enfonce cette fois-ci en diagonale, des dames laissent échapper un cri de peur alors que Zoltan enfonce la quatrième et dernière épée qui transperce la caisse de haut en bas. Puis il retire les épées une à une et tu sens que le moment est venu pour toi de reprendre ta place, tu enlèves la poussière qui s'est déposée sur ton costume et tu te hisses à la force de tes bras à l'intérieur de la caisse. Tu appuies de nouveau sur la petite planche et la trappe se referme sans un bruit. Zoltan retire les chaînes et reprend la parole devant l' assemblée :
- A présent, Vos Majestés, nobles Seigneurs et Dames de Magel, regardez le miracle s'accomplir ! s'exclame-t-il en laissant tomber sur le sol quelques gouttes de sa liqueur d'explosion.
Tu vois apparaître une vive lueur instantanément suivie de plusieurs explosions, c'est ce moment précis que tu choisis pour jaillir de la caisse au milieu d'une fumée blanchâtre, en retirant ton masque et en levant les bras en signe de victoire. Tout le monde a l'air très surpris de te voir encore en vie, le public est partagé entre le soulagement et la peur.
Quelques applaudissement s'élèvent dans la salle relayés par ceux des ménestrels, puis tous les seigneurs et dames se lèvent de leur fauteuil et vous applaudissent chaleureusement. C'est un véritable triomphe ! Tu te retournes vers Zoltan, il en a les larmes aux yeux.
- Vous voyez. Qu'est-ce que je vous avais dit, Zoltan ?
Le petit homme en a la voix coupée, il te tend la main droite, tu sors de la caisse et tu prends sa main dans la tienne. Vous vous avancez vers le rebord de la scène et vous saluez le public qui continue à vous applaudir avec enthousiasme.
- Félicitations ! s'exclame le roi de Calmka en s'approchant de vous en compagnie de la reine.
- Vous nous avez offert un spectacle vraiment exceptionnel, mes amis, dit la reine. Vous méritez bien vos noms de grand Zoltan et de formidable Nab ! J' espère que vous nous ferez l'honneur de participer au bal ?
- Tout l'honneur est pour nous, dit Zoltan en s'inclinant. C'est avec grand plaisir que nous acceptons votre invitation, votre Majesté.
- Fort bien, dis le roi, nous vous laissons à vos amis. Mettez-vous à votre aise et rejoignez-nous dans la salle de bal.
Le grand chambellan reprend la parole :
- Vos Majestés, nous vous prions de bien vouloir vous rendre dans l'autre salle afin d'assister au grand bal qui clôturera cette soirée !
Zoltan est assailli par des nobles qui lui posent toutes sortes de questions, apparemment votre tour de magie a remporté un vif succès et chaque famille royale de Magel souhaite que vous veniez donner une représentation dans leur royaume. Zoltan est aux anges. Tu le laisses à ses admirateurs et tu te diriges vers Phoebus et les ménestrels. Ils t' accueillent en te serrant la main et en te félicitant amicalement.
- Bravo, Nab ! s'exclame Phoebus. J'ai été sacrément impressionné, pendant un moment je dois avouer que j'ai eu peur pour toi. J'ai tremblé en pensant qu'il t'était peut-être arrivé la même chose qu'à son ancien assistant. Mais dis-moi, comment as-tu fait ?
- Ah ça, c'est un secret ! Mais c'est vrai que j'ai eu chaud.
- Vraiment !? fait-il en rigolant. En tout cas je n'ai jamais vu Zoltan aussi heureux, je crois que grâce à toi il a réalisé l'un de ses plus beaux rêves, il a enfin le triomphe qu'il attendait depuis si longtemps.
- Oui, il le mérite vraiment.
- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant, tu vas partir en tournée avec lui à travers Magel ? Vous allez devenir riches !
- Pour le moment je ne sais pas, je n'ai encore rien décidé.
- Tu as raison, prends ton temps, profite déjà de ta gloire de ce soir, ces moments sont suffisamment rares dans la vie d'un artiste.
- Dis-moi, je t'ai vu me faire un signe lorsque je suis arrivé dans la salle, tu voulais me dire quelque chose de particulier ?
- Non, pas vraiment, en fait je voulais juste t'encourager et te souhaiter bonne chance pour ton tour. Je souhaitais également te présenter la chanteuse que j'accompagnais, Jaheira.
- Ah bon, au fait où est-elle ? Je ne la vois pas.
- A vrai dire je me posais la même question que toi, elle était encore là avant ton tour et puis elle a disparu, j'ignore où elle est passée. Elle est peut-être montée à l'étage avec l'un de ses soupirants.
- Tu crois ? demandes-tu en souriant.
- Qui sait ? Il se passe bien plus de choses qu'on ne peut le croire chez les nobles.
- A ce propos, pourrais-tu me dire qui est cette personne ? demandes-tu en lui montrant la femme à la robe de bal pourpre.
- Ah ouais, elle est vraiment pas mal. On peut dire que tu vises haut Nab, mais à ta place je n'essaierais même pas ! Il s'agit de Dame Séléna, c'est l'émissaire spécial de l'Organisation du Commerce. A ce qui paraît c'est elle qui a renégocié avec l'Oeil Noir les accords commerciaux qui unissent les royaumes de Magel à Lema, elle est très influente et a beaucoup de pouvoir. Par une simple décision l'O.C. peut faire la fortune ou la ruine d'un pays. Elle a dû être dépêchée par ses employeurs pour assister au conseil des seigneurs de demain.
- Je vois. Et tu ne saurais pas par hasard qui est celui qui l'accompagne ?
- Aucune idée, fait-il en haussant les épaules. Je suppose que c'est son cavalier pour le bal.
- Merci pour l'info, Phoebus. Il faut que je me change, nous aurons peut-être l'occasion de nous revoir pendant la soirée ?
- Oui, il y a des chances, je crois que le grand chambellan organise un peu plus tard un petit banquet pour remercier l'ensemble des artistes et leur remettre leur salaire.
- D'accord, alors à tout à l'heure !
Tu te rends derrière un grand drap qui a été tendu dans un coin de la pièce pour permettre aux artistes de se changer. Tu retires ton costume que tu ranges dans ton sac, puis tu enfiles la longue veste marron aux boutons dorés, le pantalon bouffant assorti et la paire de bottes que t'avait donnée Zoltan. Tu t'arranges devant un miroir en t'assurant que tes auto-lanceurs d 'uzis passent toujours inaperçus. En balayant rapidement la pièce du regard, tu n'aperçois aucun autre garde que ceux que tu as déjà vu, apparemment les soldats et les mages de combat de Calmka ont été chargés d'assurer à eux-seuls la protection des invités, voilà pourquoi le dispositif de sécurité est aussi important. Certains rois et reines sont accompagnés, mais il s'agit le plus souvent de conseillers ou de diplomates. La plupart des gardes sont équipés de lourdes armures et de grandes hallebardes tranchantes munies d'une sorte de mini-canon à leur sommet, tu devines qu'il doit s'agir d'un laser, petite taille mais résultat garanti.
Les seigneurs quittent la salle de spectacle pour se rendre dans celle de bal, où tu entends d'ailleurs un orchestre jouer une valse mélodieuse. Tu aperçois le roi d'Ahzuwd se diriger à son tour vers la porte d'entrée, l'y attend un homme que tu ne connais pas, il tient à la main une mallette frappée aux armoiries d'Ijvawss, c'est peut-être un diplomate mais curieusement il n'en a pas l'air. Le roi a l'air surpris, ils échangent quelques mots puis s'éloignent hors de portée de vue. Tu remarques que tout comme toi le jeune homme aux cheveux blancs a observé la scène, il est bientôt rejoint par Séléna, l'émissaire de l'O.C., qui l'attrape gentiment par le bras et l'emmène dans la salle de bal. Tu cherches le roi de Nyt mais il n'est plus là, il doit probablement déjà s'y trouver avec les autres invités.
Lorsque tu arrives à ton tour dans la salle de bal en compagnie de Zoltan, vous êtes à nouveau assaillis par de nombreux admirateurs qui vous complimentent sur votre prestation. Tout autour de toi, les seigneurs et dames sont en train de danser au son d'une magnifique valse dont tu admires le talent du compositeur et des musiciens. Les robes de bal virevoltent au gré des pas, les colliers de perles et les pierres précieuses brillent de mille éclats. Tu es impressionné et charmé par autant de richesses et de beauté, mais tu ne peux t'empêcher de penser à tous les pauvres qui à travers les royaumes vivent dans la précarité, à tous ceux et celles qui n' auront probablement jamais accès à toutes ces richesses. Il t'apparaît de plus en plus clairement, que les derniers déchaînements de violence à travers les royaumes pourraient servir de déclencheur au mécontentement qui gronde dans le peuple.
Tu envisages d'adresser la parole au roi de Nyt qui se trouve effectivement dans la salle de bal, mais celui-ci est en présence du roi d'Ijvawss et des souverains de Calmka, ils sont en pleine discussion avec plusieurs hauts dignitaires. Ce n'est probablement pas le moment opportun de lui adresser la parole, qui plus est moins de gens te verront avec lui, mieux ce sera. Apparemment le roi de Nyt ne possède aucune arme sur lui, il ne dispose non plus d'aucune escorte de gardes, tu te dis qu'après ce qui s'est passé à Nyt il a dû partir en quelque sorte en catastrophe pour venir trouver refuge à Calmka.
Tu cherches du regard Dame Séléna et son cavalier, le jeune homme aux chevaux blancs. Tu les trouves en train de danser tous les deux, ils ont l' air de bien s'entendre, d'être heureux ensemble. Séléna lui souriant avec tendresse, le jeune homme mène la dense avec maestria. La haute émissaire de l'O.C. est véritablement une très belle femme, elle doit avoir près de la trentaine, elle a de longs cheveux châtains ondulés qui reposent avec grâce sur ses épaules, des yeux profonds à l'éclat émeraude et une peau satinée qui mettent en valeur la finesse de ses traits et la délicatesse de son visage. Tu te dis qu'elle doit vraiment avoir beaucoup de succès avec les hommes, son charme ne te laisse d'ailleurs pas indifférent. Il te semble soudain entendre une voix familière provenant du grand couloir, c'est celle du roi d'Ahzuwd :
- A moi, la garde !
Peu de gens semblent avoir été alertés par l'appel couvert en grande partie par la musique de l'orchestre, mais certaines personnes à l'entrée se sont retournées et regardent intriguées, les quatre gardes se trouvant à l'entrée de la salle de bal quitter leur poste et se précipiter dans le couloir en
direction de l'endroit d'où provient la voix. Séléna et son cavalier qui se trouvent non loin de la porte s'arrêtent de danser et échangent quelques mots, le jeune homme a l'air de vouloir se rendre compte par lui-même de ce qui s'est passé, il tente de la rassurer puis il la quitte et se précipite à la suite des gardes dans le couloir. Tu te dis que ce doit être une diversion du roi destinée à éloigner les gardes afin de te laisser les mains libres, à moins qu'il ne lui soit réellement arrivé quelque chose. Tu décides de t'approcher de Séléna et de te présenter, elle a l'air inquiète de ce qui arrive :
- Bonsoir, mademoiselle.
- Bonsoir, monsieur. Nab, je crois bien que c'est ainsi que vous vous appelez ?
- En effet. Je suis enchanté de faire votre connaissance, Dame Séléna. dis-tu respectueusement en lui faisant un baise-main. On ne m'a pas menti sur vos charmes, vous êtes vraiment la plus belle femme de cette soirée.
- C'est très gentil de votre part, je suis flattée. Mais gardez cela pour vous si vous ne souhaitez pas vous faire des ennemis. ajoute-t-elle avec humour. Je tiens à vous féliciter personnellement, ainsi que votre ami magicien, pour votre tour de ce soir, c'était vraiment très réussi, du grand spectacle.
- Merci beaucoup, Dame Séléna, ce fut un plaisir et un honneur pour nous de jouer devant des spectateurs de votre qualité.
- Je vous prie de m'excuser maintenant, dit-elle tout en regardant avec insistance en direction du couloir, mais je dois rejoindre mon ami.
- Ce doit être le jeune homme avec qui vous dansiez tout à l'heure, si je ne m'abuse ?
- Oui, c'est bien lui, il s'agit de Messire Dolin.
- Dame Séléna, j'ai le devoir de vous annoncer quelque chose de grave.
- Quoi donc ? demande-t-elle avec inquiétude.
- Sachez qu'il m'est difficile de vous dire cela, mais voilà. Quelqu'un parmi cette assemblée veut votre mort.
- Que me dites-vous !?
- Je vous assure qu'il vous faut prendre cette menace très au sérieux, une rumeur court en ce moment à propos de personnes qui tenteraient de vous assassiner. Auriez-vous une idée de qui peut vous en vouloir et pour quelles raisons ?
- Je. je l'ignore. Il est vrai que j'ai pu me faire de nombreux ennemis au cours de ma carrière, mais de là à vouloir me tuer ? A moins que.
A ce moment là tu vois l'orchestre voler en éclats dans un fracas épouvantable, les musiciens et leurs instruments projetés à travers la salle. Les invités poussent des cris de terreur et courent dans tous les sens. Tu te retournes et tu vois Jaheira, la jeune chanteuse qu'accompagnait tout à l'heure Phoebus, se dresser à l'entrée de la porte, la main gauche tendue en direction de l'endroit où se tenait l'orchestre il y a encore quelques secondes. Ses yeux brillent d'une lueur étrange, elle lève les bras en entonnant une incantation et apparaissent deux sortes de murs translucides à chacune des entrées de la salle, coupant toute fuite possible aux invités pris de panique. Séléna et toi vous écartez de leur passage, alors que les quatre gardes présents à l'autre porte se fraient un chemin au milieu des invités afin d'intercepter Jaheira.
- Au nom du roi, je vous ordonne de vous rendre ! lui demande l'un d'entre eux en la menaçant du canon-laser de son hallebarde.
Jaheira se tourne dans sa direction et le fixe d'un air mauvais, à la fois prédateur et démoniaque, on la dirait habitée par une folie dévastatrice. Le garde est bientôt rejoint par les trois autres qui la menacent à leur tour.
Elle sourit, mais c'est davantage un rictus qu'autre chose, elle écarte ensuite ses bras en les arquant vers l'arrière, comme si elle cherchait à prendre une certaine forme d'élan, puis elle les rabat violemment vers l'avant, les tendant en direction des quatre gardes. Une incroyable vague d' énergie tourbillonnante s'abat sur eux, les déchiquetant comme s'ils étaient frappés par de puissantes lames d'acier. Deux d'entre eux ouvrent tout de même le feu, mais en vain, leurs tirs disparaissant comme absorbés par le maelström destructeur. Les quatre gardes s'effondrent sur le sol, atrocement mutilés et baignant dans leur sang. Jaheira se tient au milieu de la salle, ricanant et se moquant des mines terrifiées des invités. Tu remarques que l'ami de Séléna, Dolin, est de retour et qu'il prend de l'élan depuis le couloir pour se jeter sur Jaheira, mais il est violemment rejeté sur le sol, le mur invisible lui interdisant l'entrée de la salle de bal. Il se relève et tape de toutes ses forces à l'aide de ses poings sur ce mur, mais rien n' y fait. Tu t'apprêtes à sortir tes uzis lorsque Séléna met sa main sur ton bras et te dit à voix basse :
- Tenez-vous tranquille, Nab, je vais tenter de la neutraliser.
- Vous ? demandes-tu septique.
- Comme vous pouvez tous être si pathétiques. déclare Jaheira avec mépris.
Vous autres rois et seigneurs de Magel qui avez massacré mon peuple, alors que nous ne demandions qu'un peu de terres pour nous installer le long de vos côtes, juste de quoi nourrir nos enfants et nos familles. Vous autres monstres et despotes n'avez pensé qu'à préserver vos intérêts, votre arrogance aura causé la mort des miens et celle de milliers de soldats. Ce soir, oui ce soir vous allez périr pour venger tous ces morts ! Moi, Jaheira, fille du Peuple de la Mer, je vais laver vos crimes avec votre propre sang !
Tu la vois alors retirer sa robe noire diaphane, révélant un juste au corps de la même couleur. Elle lève les bras et apparaissent aussitôt un arc etdes flèches dans ses mains, elle a l'air d'exulter, ses cheveux gris bougeant au gré d'un vent invisible. Mais qu'est-elle, une sorcière, une sirène ?
- Je ne vois pas votre ami le roi d'Ahzuwd, poursuit-elle, mais son heure viendra pour lui aussi, n'est-ce pas, chers sires d'Ijvawss, de Nyt et de Calmka ? demande-t-elle avant de ricaner une nouvelle fois de façon sinistre et menaçante. Honneur à notre hôte, dit-elle en bandant son arc et en le pointant sur le roi de Calmka. Mort aux tyrans ! crie-t-elle en décochant sa flèche qui vient se loger directement en plein dans la poitrine du roi.
La reine s'effondre en larmes sur le corps inanimé de son époux. Les invités poussent à nouveau des cris de terreur, des dames tombent au sol en pleurs, d'autres invités essaient de fuir par la seconde porte mais ils sont confrontés au même mur que celui qui s'élève en face de Dolin. Celui-ci essaie d'ailleurs d'attirer l'attention de Séléna pour lui faire comprendre où il se trouve, c'est à ce moment là qu'elle se met à entonner une incantation, puis elle tend la main droite dans la direction de Jaheira. Tu sens une odeur d'ozone suivie d'un crépitement alors qu'un formidable éclair bleuté jaillit de sa main et vient frapper Jaheira de plein fouet. Celle-ci est violemment projetée contre le mur opposé, elle paraît sonnée par cette attaque surprise qui aurait probablement tué sur le coup n'importe qui, mais elle semble bénéficier d'une certaine protection magique. Elle se relève péniblement et tend ses mains en avant alors que Séléna lance une seconde attaque énergétique dévastatrice, celle-ci est déviée lorsqu'elle atteint Jaheira, l'éclair se perdant dans un coin de la salle touche plusieurs personnes au passage qui s'effondrent foudroyées sur l'instant.
- Une magicienne. dit Jaheira, ce n'était pas vraiment prévu, mais je ne te laisserai pas te mettre en travers de mon chemin !
Elle entonne un chant très aigu qui te blesse les oreilles, le sang te bat aux tempes, tu as l'impression que ta tête va exploser. Tu vois tous les invités mettre leurs mains sur leurs oreilles, ils souffrent visiblement beaucoup, Séléna lutte également de toutes ses forces contre ce chant démoniaque. C'est alors que Jaheira tend les mains dans sa direction et une puissante vague d'énergie projète Séléna en direction de ce qui reste de l' orchestre. Elle s'affaisse sur le sol telle une poupée désarticulée, sa robe de bal déchirée par endroits et du sang coulant de son nez et de sa bouche. Jaheira cesse de chanter et se retourne triomphalement vers le reste de l' assistance, elle ramasse son arc et y glisse une nouvelle flèche.
- A qui le tour à présent ?
Bien que tu ne l'entendes pas, tu vois Dolin crier de désespoir, des larmes striant ses joues, ses poings se serrant sous la colère et l'impuissance qu' il ressent. C'est alors que le rejoignent quatre mages de combat royaux de Calmka, ils ont visiblement l'air choqués par ce qu'ils découvrent. L'un d' entre eux s'approche de la porte et effleure la surface du mur invisible, il demande quelque chose à Dolin et tu vois celui-ci s'écarter. Les mages se mettent alors à concentrer leur énergie et à entonner les paroles d'un puissant sort d'abjuration, des éclairs sombres commençant à déchirer le mur invisible.
Les invités sont une nouvelle fois pris de panique, ils se retranchent aux quatre coins de la salle, les seigneurs essayant de protéger leur dame. Jaheira bande son arc et le pointe en direction du roi d'Ijvawss, la voyant faire celui-ci prend la fuite.
- Inutile de courir, roi d'Ijvawss, dit Jaheira d'une voix implacable, votre destin est scellé !
Elle décoche sa flèche qui transperce le cou du roi. Il lâche un râle rauque suivi d'une sorte de gargouillis d'air et de sang. Il essaie de crier, mais aucun son ne sort de sa gorge. Il tente ensuite pathétiquement de retirer la flèche fichée dans son cou puis finit par tomber sur le sol, du sang s' écoulant de sa bouche. L'assistance est choquée, les invités regardent avec effroi le corps du roi d'Ijvawss s'agiter de quelques derniers soubresauts.
- Je pense qu'il ne reste plus que vous, cher roi de Nyt. dit-elle en mettant une nouvelle flèche à son arc.
- Non, pitié ! dit-il en marchant à reculons. Epargnez-moi, je vous en prie.
- De la pitié. Comment pourrais-je en avoir pour vous et vos pairs qui avez massacré les miens ? Ayez un peu de dignité et sachez affronter la mort lorsqu'elle se présente à vous ! s'exclame-t-elle en bandant son arc et en le pointant en direction du roi.
Tu te dis que tout cela prend des proportions inquiétantes, Jaheira risque de tous vous exterminer. Qui plus est si c'est elle qui tue le roi de Nyt, tu ne toucheras pas la récompense que l'on t'a offerte. Dans un déchirement de tonnerre, le mur invisible se dissipe et les quatre mages de combat font irruption dans la salle de bal. Jaheira se retourne et les regarde avec surprise, elle ne s'attendait visiblement pas à ce qu'ils brisent si rapidement son mur de force.
- Vous allez payer pour vos crimes ! déclare l'un des mages en la menaçant du doigt.
- C'est ce que nous allons voir. dit-elle en laissant tomber son arc et en réunissant dans ses mains la totalité des flèches de son carquois avant d' entonner une incantation.
- Attention, elle va lancer un sort de flèches enflammées ! crie l'un des mages.
Les quatre mages dessinent des arabesques lumineuses en face d'eux et se retrouvent rapidement entourés d'une aura protectrice, ceci alors que les flèches se trouvant dans les mains de Jaheira s'élèvent et s'enflamment autour d'elle. Elle fait ensuite un mouvement avec ses bras comme si elle poussait vers l'avant et les flèches enflammées foncent à toute vitesse sur les mages. C'est un véritable déluge de feu qui s'abat sur eux. La plupart des flèches sont déviées et finissent leur course fichées dans le mur, mais certaines d'entre elles parviennent tout de même à briser les défenses d'un mage qui se retrouve rapidement criblé de flèches, les flammes dévorant ses habits. Un autre mage semble avoir été blessé à l'épaule et au flanc, mais son bouclier de protection a malgré tenu le choc. Les trois mages restant décident de passer à l'attaque, ils tendent leurs mains en avant et lancent des salves d'orbes énergétiques étincelantes sur Jaheira. Elle en esquive un grand nombre grâce à une incroyable agilité, mais certaines réussissent tout de même à la frapper et elle tombe au sol, sesoutenant à l'aide de ses mains. Ses longs cheveux rabattus vers l'avant cachent son visage, elle semble pour la première fois montrer des signes de fatigue.
Dolin profite de ce répit et il se précipite vers Séléna qu'il trouve agonisante, elle doit souffrir d'une hémorragie interne. Ses paupières sont agitées, il met sa main sur son aorte afin d'en sentir le pouls. Il l' allonge ensuite sur le côté et il prend sa main dans la sienne, de l'autre il écarte les cheveux collés par le sang qui masquent le visage de Séléna.
Comme tu te trouves à proximité d'eux, tu arrives à entendre ce qu'ils se disent :
- Séléna, m'entendez-vous ? Je vous en prie, répondez-moi.
- Do. Dolin. Est-ce que c'est vous ? demande-t-elle d'une petite voix à peine audible.
- Oui, Séléna, je suis là.
- Je. je ne sens plus mes jambes, Dolin. J'ai mal, si mal.
- Tenez-bon, les secours arrivent.
Elle lève son autre main et lui caresse la joue puis les lèvres du bout des doigts.
- Dommage que nous nous soyons rencontrés si tard, dit-elle alors que des larmes coulent le long de ses joues, nous aurions pu être heureux ensemble. Je. je vous.
- Ne parlez-pas, Séléna, dit-il le cour et la gorge serrée, gardez vos forces et reposez-vous.
- Dolin ? s'étonne Jaheira en relevant la tête, ses yeux brillant d'une lueur inquiétante. Après t'avoir cherché pendant toutes ces années à travers les royaumes, je te retrouve enfin et il faut que ce soit parmi eux ! Aurais-tu donc oublié qui tu es ?
Les mages l'ont encerclée et tendent leurs mains dans sa direction, prêts à lui asséner une nouvelle salve d'orbes énergétiques qui lui seront cette fois-ci fatales.
- Arrière ! crie-t-elle en se relevant et en déployant une vague d'énergie aussi puissante qu'inattendue qui jète les mages au sol. Je vais devoir vous quitter, dit-elle à l'attention de l'assemblée, mais rassurez-vous, nous nous retrouverons plus tôt que vous ne le croyez.
Elle fait un geste en direction d'une des grandes fenêtres de la salle de bal et celle-ci explose, chaque invité tentant de protéger son visage des bris de verre. Elle prend rapidement de l'élan et saute au-dehors, elle semble comme flotter dans les airs en direction de l'enceinte du château.
Les mages se relèvent difficilement, l'un d'entre eux se dirige vers le roi de Calmka, l'autre vers celui d'Ijvawss et le dernier vers Dolin et Séléna.
Il se penche sur elle et impose ses mains sur la tête et la poitrine de Séléna, une lumière chaude irradiant de ses paumes.
- Je vous en prie, lui dit Dolin, sauvez-la.
Tu remarques que le mage est lui-même blessé, il a les traits tirés, cela doit lui demander beaucoup d'énergie. En regardant par le trou béant laissé par la fenêtre, tu constates que de nombreux soldats postés dans la cour du château ont ouvert le feu sur Jaheira, il semble même qu'ils aient été rejoints par des mages de combat. Face à toi se trouve le roi de Nyt qui se tient la tête à deux mains, visiblement choqué par ce qui s'est passé.
Personne ne te surveille, tu te dis que l'occasion est trop belle pour ne pas être saisie. La salle de bal ne se trouve tout au plus qu'à trois mètres du sol, il te serait facile d'ouvrir le feu sur le roi de Nyt puis de sauter par la fenêtre et ensuite de profiter de la confusion qui règne au dehors pour prendre la fuite. Mais tu te demandes si tu dois également tuer Dolin et Séléna comme te l'a demandé le roi d'Ahzuwd ou leur laisser la vie sauve.
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Le soleil se lève timidement sur Calmka. Tu sors du lit et tu te coiffes de la main devant un large miroir qui reflète ton visage aux traits tirés, bien que tu te sentes à nouveau d'attaque, la brûlure laissée par la lance-laser sur ton bras gauche se rappelle à son bon souvenir lorsque tu enfiles tes anciens habits que tu avais mis dans ton sac. Tu t'arranges pour te rendre un peu présentable et tu quittes ta chambre pour monter à l'étage supérieur.
Tu gravis les marches de l'escalier et tu arrives au troisième étage où un vaste couloir parcouru d'un tapis rouge s'étend devant toi, tu entreprends de l'arpenter à la recherche de la chambre de Séléna. Plusieurs portes sont fermées à clé, tu t'approches de l'une d'entre elles pour appuyer sur la poignée et c'est ce même moment que choisit son occupant pour l'ouvrir. Tu te retrouves nez à nez avec un mage qui te dévisage, surpris de te découvrir derrière la porte.
- Pardon, euh, je cherche la chambre de Dame Séléna... dis-tu quelque peu pris au dépourvu.
- C'est bien ici, dit-il en prenant une petite vasque posée sur une commode située à l'entrée, j'allais descendre pour chercher un peu d'eau. Vous pouvez entrer, mais je vous préviens qu'elle est encore très faible, elle n' a que de rares moments de lucidité et il y a peu de chances qu'elle vous reconnaisse. Ne restez pas longtemps pour éviter de la fatiguer...
- C'est d'accord, je vous remercie.
Le mage te laisse entrer puis il referme la porte derrière toi. La chambre est vaste et richement décorée, tu découvres sur ta gauche une imposante cheminée sur laquelle trône le blason de la famille royale de Calmka, à côté de toi un secrétaire en bois précieux et son fauteuil, et à ta droite un tapis rouge brodé de fils d'or menant aux pieds d'un magnifique lit à baldaquin aux draps de soie. Séléna est allongée dessus dans une robe de chambre blanche en dentelle, elle a les yeux fermés et tu entends son souffle léger et régulier. Un filet de fumée provenant de bâtons d'encens s' élève dans l'air, leur odeur douceâtre te pique les narines et les yeux, encore un remède de mages... Tu t'approches de Séléna et tu t'assieds à côté d'elle sur le rebord du lit, tu lui tiens la main et tu l'appelles doucement par son prénom, mais elle ne réagit pas. Difficile de dire si elle dort paisiblement ou si elle se trouve dans une sorte de comas, la voir dans cet état te serre le cour. Tu reposes délicatement sa main et tu laisses sur la table de nuit ta carte mentionnant ton nom et ton numéro de téléphone satellitaire, comme cela elle saura comment te contacter si elle a besoin detoi, à condition bien entendu qu'elle retrouve un jour ses esprits... Tu te lèves du lit et tu jètes un coup d'oil par la fenêtre, tu dénombres justeune poignée de gardes devant ce qui reste de l'entrée principale du château, les autres ont probablement dû partir à la poursuite des fugitifs.
Tu quittes Séléna après avoir refermé précautionneusement la porte de sa chambre, puis tu montes les escaliers menant au quatrième étage. Tu longes le mur de la cage d'escaliers jusqu'à arriver au niveau de l'entrée et tu inspectes l'intérieur du couloir, où un homme tenant une mallette frappée aux armoiries de Nyt se dirige vers une porte flanquée de deux gardes.
- Je suis l'ambassadeur de sa majesté, le doge de Nyt ! annonce-t-il d'une voix maniérée.
- Très bien, vous pouvez entrer, dit l'un des deux gardes tandis qu'ils relèvent leur hallebarde.
L'ambassadeur frappe à la porte et entre dans la chambre du roi, ou plutôt du doge si l'on se réfère à son véritable titre de noblesse. De là où tu te trouves tu n'es pas parvenu à voir grand chose de l'intérieur de la chambre, mais il ne t'a pas semblé entendre d'autre voix que celle du doge qui demandait à son ambassadeur d'entrer. La fenêtre de la chambre ne doit pas se trouver très loin au-dessus de celle de Séléna, tu pourrais presque t'y glisser en escaladant le mur grâce aux pierres apparentes, mais tu pourrais tout aussi bien forcer la porte ou ruser en te faisant passer pour unserviteur. Tu te souviens que tu as toujours dans ton sac la fiole contenant la liqueur d'explosions et cette corde que tu avais empruntées à Zoltan dans sa roulotte, elles pourraient peut-être te servir à assurer ta fuite. Vu le peu de gardes restés au château et aux abords de celui-ci, ce ne devrait pas être trop difficile pour toi, mais qui sait ce qui t'attend derrière cette porte...
La plupart des chambres du quatrième étage qu'occupaient les rois et les reines sont à présent vides, leurs occupants les ayant désertées au cours de la nuit après la tragédie qui s'est déroulée au château. Seules quelques chambres demeurent encore occupées, dont celle du roi d'Ahzuwd et bien entendu celle du doge de Nyt... Tu entres avec discrétion dans une chambre vide opposée à la sienne et tu regardes par la fenêtre si tu peux trouver quelque chose qui puisse faire diversion. En lançant ta fiole contenant la liqueur d'explosions, tu espères pouvoir mettre le feu à quelque tas de paille ou à une étable. Les constructions les plus proches sont les écuries royales, mais tu constates qu'elles ont été ravagées par les flammes, probablement à la suite des violents affrontements qui ont suivi la fuite de Jaheira, il reste cependant une annexe du château ressemblant à des baraquements de soldats. Tu te dis qu'ils ont tous dû être mobilisés pour partir à la recherche de la sorcière et qu'il ne doit plus rester grand monde à l'intérieur. Tu sors donc de ton sac la fiole contenant le liquide incolore et visqueux, puis en prenant du recul et en tendant ton bras vers l 'arrière, tu jètes de toutes tes forces la fiole en direction des baraquements ! Une lumière vive apparaît lorsqu'elle touche le toit de l' annexe, puis tu entends une violente explosion qui fait trembler les fondations du château, des flammes dévorant le bâtiment pratiquement éventré...
C'est la panique dans la cour, une cloche retentit et plusieurs gardes postés à l'entrée se précipitent vers les baraquements à la recherche de survivants. Tu sens que le moment est venu pour toi de passer à l'action, tu quittes la chambre et tu cours en direction des gardes postés devant la porte de la chambre du doge.
- Vite, descendez, nous sommes attaqués ! cries-tu aux gardes sur un ton dramatique et affolé. Les baraquements sont en feu, nous avons besoin de l' aide de tout le monde !
- Mais, fait l'un des deux gardes en regardant l'autre, on peut pas...
- Allez, viens ! dit son collègue en lui faisant signe de le suivre.
- Je vais prévenir les autres, dis-tu en leur laissant croire que tu te diriges vers l'escalier menant au cinquième étage.
Les deux gardes te croisent en courant vers l'escalier menant au niveau inférieur, tu attends quelques secondes après qu'ils y aient disparu, puis tu empoignes tes auto-lanceurs d'uzis équipés de silencieux. Bien décidé à jouer sur l'effet de surprise, tu appuies sur la poignée et tu donnes ensuite un violent coup de pied dans la porte. Celle-ci s'ouvre brusquement en claquant contre le mur, le doge est debout devant sa fenêtre en train d' essayer de voir ce qui se passe au dehors, quant à son ambassadeur il est assis devant le bureau du doge où il prépare des documents officiels à lui faire signer. Ils se retournent tous les deux avec effroi tandis que tu faisirruption dans la chambre en ouvrant le feu sur eux, la puissance des tirs fait tomber l'ambassadeur de sa chaise, ses dossiers se répandant sur le sol, quant au doge il se retrouve projeté contre le mur et s'affaisse sur lui-même, criblé de balles. Alors que les canons de tes uzis fument encore, tu fermes la porte derrière toi et tu la verrouilles de l'intérieur. Tu passes à côté de l'ambassadeur qui nage dans une mare de sang, puis tu t' approches du doge pour t'assurer que ton contrat est bien rempli. Malgré le fait que les habits violets du doge aient été balayés par une rafale, tu te rends compte avec surprise que celui-ci a l'air encore vivant, alors que tu t'apprêtes à lui donner le coup de grâce, il tend une main implorante dans ta direction :
- Ainsi donc... il devait en être ainsi... dit-il en reprenant péniblement son souffle. Vous... vous êtes autant victime que moi... de cette machination...
- Comment ?
- Ah ! fait-il en souriant. Vous avez été manipulé... mais à présent il est trop tard...
- Comment ça !? De quoi parlez-vous ?
- Vous... vous comprendrez bien assez tôt... dit-il dans un dernier soupir avant d'expirer.
Tu regardes ses yeux fixes et son visage prenant le masque mortuaire. Tu es troublé par ces révélations et tu as du mal à comprendre ce qu'il a voulu te dire, était-ce sous l'effet de la peur ou y a-t-il réellement quelque chose de vrai là-dedans ? Pourquoi les dernières paroles d'un roi seraient-elles une mise en garde ? C'est alors que ton attention est attirée par une lettre manuscrite se trouvant sur le bureau :
"Ma chère et tendre épouse,
Les communications ayant été coupées, j'en suis réduit à vous écrire cette lettre pour vous donner de mes nouvelles. Comme vous avez certainement déjà dû l'apprendre, le château royal de Calmka a été le théâtre d'un odieux carnage ayant entraîné la mort du roi d'Ijvawss, le roi de Calmka étant quant à lui dans un état jugé critique, je redoute malheureusement qu'il ne soit condamné. Le sort a semble-t-il décidé de s'acharner contre nous autres qui avions participés à cette campagne contre ces barbares du Peuple de la Mer, il ne va bientôt plus rester que moi et le roi d'Ahzuwd, j'ai d' ailleurs bien failli être leur dernière victime...
Si je devais mourir, le pacte que nous avions conclu tous les quatre disparaîtrait avec moi, le roi d'Ahzuwd aurait alors les mains libres pour étancher sa soif démesurée de pouvoir et de conquêtes, je crains que Magel ne sombre à nouveau dans une ère de chaos dont elle ne se relèvera point cette fois-ci... La sorcière et ses acolytes n'ont toujours pas été capturés et courent encore dans Calmka, mon vieux coeur n'est plus ce qu'il était et j'ai donc décidé de prendre quelque repos dans ma chambre. La reine de Calmka, qui veille en ce moment même au chevet de son époux, a fait poster deux gardes devant ma porte pour assurer ma sécurité.
En attendant que le couvre-feu soit levé, je me suis entretenu avec notre fidèle ambassadeur Manzerg. Il m'a fait part de ses craintes concernant les intrus qui ont tenté de pénétrer dans notre palais de Nyt, selon lui quelqu' un d'autre que les barbares chercherait à m'assassiner, mais pour l'instant il ignore encore son identité et continue à mener son enquête. Je reviendrai auprès de vous dès que le transcontinental sera à nouveau en service, toutes mes plus tendres pensées accompagnent cette lettre. Votre époux dévoué qui vous aime...
Arthuro II, Doge de Nyt"
Tu te sens mal à l'aise, toute cette histoire devient de plus en plus louche. A qui peux-tu réellement faire confiance ? Quoi qu'il en soit ce n' est sûrement pas le moment de traîner ici, tu ouvres la fenêtre et turegardes en bas où se trouve un puits ainsi qu'un poulailler protégé par une petite tonnelle. La corde de Zoltan ne te permettra d'atteindre que le second étage, mais de là tu pourrais sauter puis te laisser glisser jusqu'en bas le long de la tonnelle. Tu sors donc la corde de ton sac et tu la noues solidement au rebord de la fenêtre, tu la jètes ensuite par celle-ci afin de la dérouler. C'est alors que tu entends une voix au dehors :
- Eh, vous ! s'exclame un garde sortant de dessous la tonnelle.
Il est trop tard pour fuir par la fenêtre et il faut te dépêcher car le garde va avoir tôt fait de prévenir les autres... Tu t'apprêtes à ouvrir la porte pour tenter ta chance par les escaliers, mais au même moment tu entends des bruits de bottes dans le couloir, on frappe à la porte :
- Votre majesté ? demande un garde. Nous étions descendus pour aider les autres, mais nous avons reçu l'ordre de retourner à notre poste. Votre majesté, est-ce que tout va bien ?
Il essaie d'ouvrir la porte mais elle est verrouillée.
- Monsieur l'ambassadeur, majesté ? Ouvrez la porte, s'il vous plait !
Te voilà dans le donjon, faisant les cent pas entre les quatre murs de ta cellule avec pour tout mobilier un lit et une petite table. L'atmosphère pesante du lieu et les épais barreaux de métal t'oppressent, ces vieilles pierres suintent d'humidité et une odeur de moisissure flotte dans l'air.
Les gardes t'ont retiré toutes tes armes et ton équipement, te laissant juste tes habits sur le dos. Tu t'en veux de t'être laissé faire prisonnier, mais que pouvais-tu faire face aux pouvoirs de ce mage ? Il reste maintenant à savoir quel sort te réserve la reine...
C'est alors que tu entends une porte s'ouvrir. Des pas raisonnent dans le couloir, quelqu'un vient dans ta direction... Un homme s'arrête devant ta cellule, il s'agit du vieux mage qui t'a arrêté, il te fixe d'un air accusateur et méprisant :
- J'ose espérer que vous appréciez votre nouvelle scène, monsieur Nab ou devrais-je dire Nabuko ?
- Je ne crois pas que nous ayons été présentés ?
- Je suis l'archimage Lazarus, grand maître des mages de combat royaux de Calmka. Et vous qui êtes vous réellement ? Pour qui travaillez-vous ? Répondez ! t'ordonne-t-il sur un ton sec.
- Inutile de vous fatiguer, je ne vous dirai rien.
- Détrompez-vous, mon jeune ami, vous parlerez, soyez-en sûr... De gré ou de force, c'est à vous de décider. La mort est la seule sentence pour le crime odieux que vous avez commis, coopérez et vous obtiendrez peut-être la clémence de la reine, mais si vous persistez dans votre refus vous serez conduit à l'échafaud.
- Qui vous dit que je suis bien le meurtrier ? Je n'ai fait que me défendre
contre vos gardes qui ont ouvert le feu sur moi.
- Vous faites un piètre menteur, monsieur Nabuko. Quoi qu'il en soit sachez que j'ai les moyens de faire parler les plus récalcitrants, vous n' échapperez pas à la règle...
- Vos menaces ne m'impressionnent pas.
- C'est ce que nous verrons, dit-il en faisant jaillir de ses mains de fins éclairs bleutés qui viennent te frapper de plein fouet.
Tu t'écroules sur le sol en pierre de la cellule, te contorsionnant sous l' effet de la douleur. Les éclairs continuant de courir pendant quelques secondes sur ton corps et sur les barreaux.
- Vous me... le paierez... dis-tu en reprenant difficilement ton souffle.
- J'en doute, fait-il avec ironie.
- J'ignorais que vous aviez pour habitude de torturer vos prisonniers ?!
- Vous appelez cela de la torture ? Voyons, ce n'était qu'un aperçu de ce qui vous attend si vous vous refusez à parler. Savez-vous jusqu'à quel point un corps peut endurer la douleur ? Pour vous aider à réfléchir j'ai fait venir quelqu'un, spécialement pour vous... dit-il en faisant un signe de la main.
Tu entends la porte s'ouvrir et des personnes marcher dans le couloir, deux gardes font entrer un petit homme dans une cellule faisant face à la tienne.
Tu reconnais de suite ses habits bleus et son visage rond, c'est Zoltan...
- Si vous ne parlez-pas, dit le vieux mage, peut-être que votre ami sera plus coopératif. Réfléchissez-bien à tout ce que je vous ai dit, je repasserai demain et j'espère que vous aurez alors changé d'avis, dans le cas contraire je devrais me montrer moins clément... déclare-t-il en tournant les talons et en se dirigeant vers la porte, escorté des deux gardes.
Tandis que la porte se referme lourdement telle l'annonce d'une sentence à venir, tu vois Zoltan s'approcher des barreaux de sa cellule puis s'y accrocher à deux mains.
- Est-ce que ça va, Nab ? demande-t-il d'une voix mal assurée.
- Oui, ça va, je survivrai, réponds-tu en te hissant péniblement sur ton lit.
- Misère de misère... Mais que vous a-t-il prit de faire ça ? Regardez où cela vous a mené, où cela nous a menés... Pourquoi, Nab ? Pourquoi ?!
- Cela serait trop long à vous expliquer, Zoltan, qui plus est je ne tiens pas à vous mettre en danger en vous révélant certaines choses, vous
comprenez ?
- A vrai dire je ne comprends plus rien... Notre spectacle a fait un triomphe, j'avais déjà reçu des invitations de la part de seigneurs de tous les royaumes pour venir nous produire chez eux, notre fortune était faite.
Et voilà que cette femme est arrivée et a semé la désolation, puis il y a eu cet assassinat contre le doge de Nyt et maintenant voilà que nous nous retrouvons tous les deux enfermés dans une cellule miteuse au fin fond du donjon du château. Pourquoi le sort s'acharne-t-il toujours contre moi ?! S' exclama-t-il en allant s'asseoir sur son lit et en sanglotant à l'abri de ses bras pour que tu ne l'entendes pas pleurer.
Tu as compté chaque seconde de cette nuit qui t'a semblé durer une éternité, pendant ce temps ton esprit arpentait sans cesse ta cellule sans fenêtre. Les soldats poursuivent leurs rondes deux par deux en attendant la relève qui s'effectue toutes les six heures. Tu sais que le jour s'est levé car tu entends un garde s'approcher avec la bouillie de céréales qui vous servira de petit-déjeuner. Il ouvre la cellule de Zoltan et lui pose sa gamelle sur la table, puis il vient en faire de même avec toi, il continue ensuite sa tournée à travers les sombres couloirs du donjon. Tu te résignes à avaler cette bouillie insipide car tu te dis que tu auras besoin de toutes tes forces pour résister au traitement que va probablement t'infliger Lazarus.
Tu jètes un coup d'oeil en direction de Zoltan, ton ami ne s'alimente plus et reste prostré sur son lit calé dans un coin de sa cellule. Lui qui pensait que sa longue traversée du désert était enfin arrivée à son terme, le voilà jeté en prison pour complicité de meurtre, la désillusion et l' amertume doivent être à la hauteur de ses espérances...
Tu entends deux gardes aborder un sujet sensible pendant leur ronde :
- Maintenant qu'Ahzuwd a mis la main sur Ijvawss et sur Loum, je me demande où ça va s'arrêter ?
- J'en sais trop rien, la nouvelle doge de Nyt à l'air de vouloir lui barrer la route. Ca se voit qu'elle peine à s'imposer depuis la mort d'Arthuro, elle veut négocier mais je crois qu'elle aura du mal à retenir ses troupes.
- Ouais, le problème c'est que si Nyt tombe, on est les prochains sur la liste...
- Et devine qui est-ce qui va se retrouver en première ligne ?
- Engagez-vous, qu'ils disaient... fait-il en riant jaune.
Le temps passe et tu attends résigné que l'archimage Lazarus vienne te faire subir son interrogatoire. Celui-ci ne tarde d'ailleurs pas et tu entends bientôt les portes s'ouvrir et ses pas raisonner dans le couloir, il s' arrête devant ta cellule et te toise avec morgue :
- Avez-vous passé une bonne nuit, monsieur Nabuko ? Je l'espère car nous allons avoir certaines choses à nous dire, mais je veillerai à ce que vous ne vous assoupissiez point, n'est-ce pas ? Puis-je donc compter sur votre coopération, mon jeune ami ?
- Je suis prêt à vous dire tout ce que vous voulez, du moins tout ce que je sais, mais laissez Zoltan en dehors de tout ça. Je me suis servi de lui pour m'introduire dans le château, il n'a rien fait de mal et est innocent de ce qu'on lui reproche...
- Les prisons regorgent d'innocents, c'est bien connu. Quoi qu'il en soit, je constate avec satisfaction que vous vous êtes décidé à parler, c'est une bonne chose, assurément. Allez-y, je vous écoute attentivement...
- J'ai effectivement tué le doge de Nyt, mais c'était sur ordre de mon employeur. Avant de mourir le doge m'a révélé que j'avais été utilisé et je crois en effet que c'est le cas.
- Et le nom de votre employeur ?
- Je l'ignore, il a toujours tenu à garder l'anonymat.
- Je suppose que les pièces d'or que nous avons retrouvées sur vous n' étaient qu'un acompte, n'est-ce pas ?
- C'est vrai, il m'en avait promis beaucoup plus une fois le contrat rempli. Mais il m'avait dit que le doge était à la source de bien des crimes et que je ne ferais que rendre justice en le tuant, je l'ai cru...
- Comme vous pouvez être naïf... Oui, naïf de lui avoir fait confiance et naïf de penser que j'allais croire que vous ignorez son identité.
- Je vous dis que je ne le connais pas, il passait toujours par un intermédiaire qui...
- Assez...
- Ecoutez, je peux vous aider à le retrouver si...
- Il suffit ! t'interrompe-t-il sèchement. Je ne saurais tolérer davantage vos mensonges ! Je pourrais broyer vos os un par un jusqu'à ce que vous avouiez le nom de votre employeur, mais par égard pour une personne j'ai accepté d'employer d'autres manières...
Tu entends la porte s'ouvrir une nouvelle fois suivie d'un bruissement de tissu.
- Ah, mais je crois justement que c'est elle. Approchez, je vous en prie... dit-il en faisant un signe de la main.
Tu vois une personne s'arrêter à côté de Lazarus, ses traits son fatigués et son visage blafard, mais tu reconnais du premier coup dame Séléna lorsqu' elle plonge ses yeux mélancoliques dans les tiens.
- J'ignore pourquoi vous éprouvez de la pitié pour cet homme, ma chère, ce n'est tout au plus que du gibier de potence. Mais après tout, si vous pensez arriver à tirer quelque chose de lui. Oh, c'est vrai, j'oubliais... Vous savez sûrement que dame Séléna est l'émissaire de l'OC, mais saviez-vous qu' elle dispose également de puissants pouvoirs mentaux qui lui permettent de s 'insinuer jusqu'au plus profond de l'esprit des gens ?
- Dame Séléna, est-ce que vous allez mieux ? demandes-tu.
- N'essayez pas de résister, Nabuko, dit-elle d'une voix douce mais déterminée, cela ne devrait pas durer longtemps.
- Non, attendez...
Tu sens une force incroyable s'insinuer dans ton esprit, compressant ton cerveau comme s'il se retrouvait coincé dans un étau. Tu sens la présence de Séléna en toi, comme si vous ne faisiez qu'une seule et même personne, elle cherche dans ta mémoire comme tu le ferais lorsque tu essaies de te rappeler d'un vieux souvenir ou du nom d'une personne que tu as bien connue mais dont tu ne te souviens plus du nom. Tu te concentres pour essayer de lui résister, tu repense à tous les moments difficiles de ta vie, à ton service dans l'armée terrienne, à toutes les atrocités que tu as vues et que tu as pu commettre par le passé, puis à ta vie sur Magel rythmée par les meurtres, les assassinats, les enlèvements et les contrats en tous genres. Tu essaies de la noyer sous cette masse de souvenirs riches en détails parfois assez sordides.
- (Il y a tant de tristesse en vous... dit-elle dans ton esprit.)
- (Sortez de ma tête !)
- (Il est inutile de résister, Nabuko, vous ne faites que repousser l' inéluctable...)
Tu sens qu'elle redouble d'énergie dans ses attaques mentales, ton esprit commence à s'embrouiller et tu éprouves de plus en plus de difficultés à lutter contre sa volonté. Des images commencent à apparaître, des bruits de tirs et des cris, tu revois ton combat contre Lazarus puis celui contre les gardes dans les couloirs du château, tu remontes le temps jusqu'au moment où tu ouvres le feu sur le doge et son ambassadeur, tu réentends ses dernières paroles puis ton regard s'attarde sur la lettre manuscrite se trouvant sur son bureau. Tu remontes encore le temps jusqu'au moment où tu te fais toucher par un tir dans la salle de bal, puis tu revois le duel magique entre Séléna et Jaheira ainsi que les corps des invités et des gardes gisant sur le sol. En l'espace d'un flash tu te retrouves dans la caisse de Zoltan puis dans la salle de spectacle en train de te préparer, à ce moment apparaît l'homme en noir portant autour du coup un pendentif représentant un cerbère.
- (Un homme du Tigre de l'Ombre... fait Jaheira mentalement.)
Tu revois ta conversation avec lui et tu l'entends prononcer les noms d' Ahzuwd et de Nyt, puis te parler de l'assassinat du doge, de Séléna et de Dolin et t'offrir une récompense en pièces d'or sonnantes et trébuchantes, enfin tu te revois arriver dans le château et apercevoir au loin le visage d 'un homme, celui de Lothar, le roi d'Ahzuwd...
- (Ainsi donc c'est lui qui... a-t-elle juste le temps de dire avant que tu ne l'interrompes.
- (Je ne peux pas vous laisser faire, je suis désolé...)
- (Non, Nabuko, ne faites pas ça !)
Tu te concentres de toutes tes forces et tu te jètes la tête la première contre le mur de ta cellule. Le violent choc que tu reçois t'assomme instantanément et tu t'effondres au pied de ta couchette. De son côté Séléna s'évanouit, la liaison mentale ayant été interrompue avant qu'elle n'ait eu le temps de quitter ton esprit.
- Misérable ! fait Lazarus à ton intention. Tu ne perds rein pour attendre... Gardes !
Les deux gardes qui faisaient leur ronde dans les couloirs du donjon le rejoignent en courant et regardent la scène avec étonnement.
- Raccompagnez dame Séléna dans sa chambre, surtout prenez bien soins d' elle.
- A vos ordres ! répond un garde en attrapant délicatement Séléna pour la porter dans ses bras.
- Qu'est-il arrivé au prisonnier ? demande l'autre garde. Dois-je appeler quelqu'un pour lui prodiguer des soins, seigneur Lazarus ?
- Laissez-le où il est, je lui réserve un sort peu enviable à son réveil...
Tout autour de toi s'étend à perte de vue une terre désolée balayée par un vent glacial porteur d'une odeur de mort. De sombres nuages menaçants glissent rapidement dans le ciel et l'horizon brille d'une couleur rouge sang. Tu tiens ta tête à deux mains, comme pris d'une migraine épouvantable, tu te demandes si tu es en plein cauchemar mais plus tu regardes autour de toi et plus tu as la sensation que tout cela est bien réel... Est-ce un châtiment que t'a infligé Lazarus ? Une torture bien au-delà de ce que tu avais imaginé ? Tu te relèves péniblement et tu scrutes les alentours où s' élève une chaîne montagneuse désertique, tu discernes au loin ce qui ressemble à un océan d'une couleur semblable à l'horizon. Tu entends raisonner des cris au loin, ce sont ceux d'un homme qui appelle à l'aide quelqu'un :
- Aide-moi, je t'en prie ! Pourquoi m'as-tu abandonné, Nabuko ?
- Père ?! Est-ce que c'est vous ? J'arrive ! cries-tu en courant dans la direction d'où provient la voix portée par le vent.
Tu cours à en perdre haleine vers un lieu inconnu, le paysage de désolation défile autour de toi tandis que des nuages de poussière rouge se lèvent sur ton passage. En l'espace d'un instant c'est à une véritable tempête de poussière que tu dois faire face, tu avances contre le vent en te protégeant le visage à l'aide de tes mains. Tu entends encore les cris de cet homme que tu imagines être ton père mais également des rires assourdis et des pleurs.
Le vent souffle de plus en plus fort et tu tombes bientôt à genoux, tu cries le nom de ton père en espérant qu'il t'entendra. C'est à ce moment que tu vois une lumière briller sur ta gauche, tu réunis tes forces et tu luttes contre la tempête pour te diriger vers la lumière.
Elle s'estompe et tu discernes bientôt l'entrée d'une petite grotte se trouvant au pied de la chaîne montagneuse, tu te demandes comment tu as pu parcourir aussi rapidement la distance qui te séparait d'elle. Soulagé d' avoir trouvé un abri, tu te réfugies à l'intérieur de la grotte sombre et humide où tu peux enfin reprendre ton souffle. A l'extérieur la tempête de poussière rouge se déchaîne, tu tends l'oreille tandis qu'un bruit de pas raisonne à l'intérieur de la grotte. Tu te caches dans un renfoncement de la paroi et c'est alors que tu vois une personne s'avancer vers toi. Tu reconnais sa longue tunique sombre et sa capuche, c'est l'homme en noir travaillant pour le roi d'Ahzuwd, celui que Séléna avait identifié comme faisant partie du Tigre de l'Ombre. Il se retourne vers toi et te fixe de ses yeux brillants :
- Monsieur Nabuko, comme nous nous retrouvons...
- Mais où sommes-nous ? Quel est cet endroit de cauchemar ?!
- Il est dommage que vous n'ayez pas rempli la mission que sa majesté vous avait confiée.
- Mais... attendez, c'est vrai Dolin et Séléna sont encore vivants mais j'ai bien tué le doge et son ambassadeur, comme le roi me l'avait demandé.
- C'est bien regrettable, nous avions de grands projets pour vous et vous avez trahi notre confiance.
- C'est faux, je n'ai rien dit à personne, je n'ai pas parlé !
- Connaissez-vous le sort que nous réservons aux traîtres ?
- Non, écoutez-moi...
Tu vois un rictus se dessiner sur sa bouche, ses yeux se mettent à briller d 'une lueur inquiétante tandis qu'il se recroqueville sur lui-même, le pendentif qu'il porte autour du coup effectuant un mouvement de balancier de gauche à droite. Tu l'entends crier alors que sa tunique se déchire, laissant apparaître un colossal chien noir à trois têtes dont les yeux rouges te dévisagent avec un appétit carnassier, tu vois ses trois gueules béantes munies de rangées de dents aussi coupantes que des lames de rasoir.
Paniqué, tu prends la fuite en courant vers les profondeurs de la grotte, t' enfonçant dans les ténèbres sans te demander si la grotte se termine par un cul-de-sac. Tu entends les griffes des pattes du cerbère raisonner sur le sol, tu sens son souffle poisseux sur ta nuque, il est sur ta piste... Une voix t'appelle au loin, c'est celle de Séléna, et une faible lueur apparaît droit devant toi. Est-ce la sortie ou un piège ?
Tu poursuis ta course effrénée à travers la grotte, t'enfonçant toujours plus profondément à la poursuite de cette lumière qui semble s'éloigner au fur et à mesure que tu avances. Le cerbère ne te lâche pas, tu sens ses trois pairs d'yeux rougeoyants te fixer avec une rage démoniaque, il se rapproche progressivement et tu sais que dans quelques secondes tu seras à sa merci. C'est alors que tu as le sentiment que, pour la première fois depuis que tu l'as vue, la lumière semble se rapprocher et gagner en intensité. Tu donnes tout ce que tu as et tu entames la dernière ligne droite qui te mènera soit vers une issue, soit vers une mort certaine. Au moment où tu bondis pour te jeter dans le halo de lumière, tu ressens une affreuse douleur dans ton dos, puis tu entends un hurlement particulièrement monstrueux et terrifiant qui restera à jamais gravé dans ton esprit...
Tes yeux sont éblouis par la clarté qui règne en ce lieu, tu les ouvres doucement tandis que la lumière décroît d'intensité. Tout autour de toi s' étend un immense champ de fleurs sauvages baigné par les rayons d'un soleil printanier. Tu cherches la présence du cerbère mais tu n'en trouves aucune trace, par contre tu vois très bien la montagne au loin ainsi qu'une entrée menant à la grotte sombre, tu sens qu'il est encore quelque part là-bas, en train de t'attendre... Une immense cascade se jète depuis le sommet de la montagne jusque dans un fleuve qui serpente au milieu du champ, tu peux même entendre le clapotis de l'eau le long de la rive. Une fois de plus tu as parcouru pratiquement instantanément une grande distance sans t'en rendre compte, ce nouveau paysage tranchant radicalement avec les terres de désolations où tu avais échoué, tel un ange déchu précipité dans un enfer sans nom. Voilà qu'un oiseau se rapproche, quoiqu'en y regardant de plus prêt il ressemble davantage à un humain à la silhouette féminine. Glissant dans les airs avant de se déposer au sol avec grâce, ses cheveux châtains caressés par une douce brise, Séléna se rapproche de toi avec un sourire aux lèvres.
- Séléna ? C'est bien vous que j'ai entendu m'appeler dans la grotte, n' est-ce pas ?
- En effet, Nabuko, j'ai senti que vous aviez besoin d'aide. Montrez-moi votre blessure... te demande-t-elle en passant dans ton dos.
- Mais que se passe-t-il ? Où sommes-nous à la fin ?!
- Nous nous trouvons dans un plan onirique, une sorte de rêve si vous préférez... J'imagine que Lazarus a voulu vous punir en exilant votre esprit en ce lieu, le problème étant que le choc que vous vous êtes donné à la tête a altéré votre perception et que je n'ai pas eu le temps de me retirer à temps de votre esprit, me retrouvant ainsi également prisonnière de cet
endroit. Lazarus ne pouvait ignorer cela lorsqu'il vous y a projeté, je me demande donc pourquoi ?
- Est-ce que c'est grave ? demandes-tu en tournant la tête.
- Si vous parlez de la belle griffure que vous avez dans le dos et bien vous survivrez, mais si vous parlez de ce plan onirique alors il nous faut trouver une issue rapidement, sinon il se peut que nous en restions à jamais prisonniers, du moins jusqu'à ce que nos corps physiques meurent ou que nousnous fassions tuer par une bête telle que celle qui vous a attaqué.
- Si je tenais ce Lazarus, je lui ferais comprendre sa douleur !
- C'est un grand maître, ses pouvoirs dépassent de loin les miens, vous n' auriez aucune chance contre lui... Et puis il n'est pas votre véritable ennemi, n'est-ce pas ?
- Que voulez-vous dire ?
- Je sais tout, Nabuko, du moins tout ce que vous pouvez ou croyez savoir... Vous n'auriez jamais dû accepter de passer un accord avec le roi d'Ahzuwd, Lothar est un être calculateur dont la fourberie n'égale que sa puissance et son influence au sein des royaumes. Dolin et moi enquêtons sur lui et ses activités, nous le soupçonnons d'être étroitement lié à tous les événements qui secouent Magel, dont l'assassinat de la princesse Flora, celle-ci allait d'ailleurs se marier avec le prince d'Ahzwud qui a lui-même été enlevé. Par votre témoignage vous pourriez entraîner la chute de Lothar, il le sait pertinemment bien et va sûrement tenter de vous éliminer...
- De toute façon ce serait ma parole contre celle d'un roi ?
- C'est exact, mais Lothar est connu pour ne jamais laisser aucune chance à ses ennemis.
- Si jamais nous sortons d'ici, je suppose que mon sort est déjà tranché et que je finirai au bout d'une corde ?
- Pas forcément, j'interviendrai en votre faveur auprès de la reine Morane, elle est bonne et saura faire preuve de clémence. Quoi qu'il en soit, rien ne vous obligeait à assassiner le doge de Nyt, vous auriez très bien pu décider de partir en tournée à travers les royaumes avec votre ami Zoltan ou tout simplement quitter Calmka sans demander votre reste.
- C'est vrai, mais j'ai toujours honoré mes contrats. Le sens de l'honneur est quelque chose que je tiens de mon père adoptif, c'est d'ailleurs l'une des rares choses qu'il m'ait transmis...
Tu es étreint par une poigne de terreur tandis que résonne un hurlement lointain, celui du cerbère ! Soudain la terre se met à trembler et le ciel à s'obscurcir, la cascade se tarit et un torrent de lave dévale bientôt la montagne en empruntant le cours de l'ancien fleuve. Les fleurs se fanent instantanément et s'envolent comme aspirées par les nuages qui s'enroulent en spirale dans le ciel.
- Que se passe-t-il ?! demandes-tu à Séléna.
- Je l'ignore et très franchement je n'ai pas du tout envie de le savoir... Quittons cet endroit avant de nous retrouver prisonniers de la lave ! S' exclame-t-elle en courant vers un petit pont de pierre qui enjambait le fleuve.
Tu t'élances à sa suite et au moment où vos pieds foulent le pont, la terre s'ouvre tout autour de vous. Il ne reste bientôt plus que ce pont suspendu au milieu de nulle part et des parcelles de terre flottant un peu partout au-dessus d'un vide abyssal, le ciel a disparu pour laisser place à l'éclat des étoiles, tu as l'impression de trouver dans l'espace. A l'autre bout du pont s'est ouvert une sorte de vortex luminescent telle une invitation à quitter cet endroit de cauchemar
- Vous croyez que c'est l'issue que nous recherchons ?
- Je n'en vois pas d'autre, te répond Séléna en effectuant un tour complet sur elle-même.
- Avant que nous ne franchissions ce seuil, pouvez-vous me promettre une chose ?
- De quoi s'agit-il ?
- Ne dévoilez-pas le nom de mon employeur, du moins pas toute de suite. Vous pouvez faire ça pour moi ?
- Si vous y tenez, Nabuko... De toute manière nous devrons disposer de preuves solides si nous voulons accuser Lothar, et il est certain que vous êtes un témoin clé dans cette affaire.
- Merci, alors allons-y... dis-tu en lui tendant la main.
Séléna acquiesce et prend ta main dans la sienne, puis vous avancez lentement vers le vortex. Sa lumière vous enveloppe et vous vous sentez inexorablement attirés vers lui, vous le franchissez ensemble en fermant les yeux. Tu te sens pris d'un violent mal de tête tandis que tu rouvres péniblement les yeux sur les vieilles pierres humides et les barreaux de ta cellule. Pour un peu tu serais presque heureux de te retrouver dans ce donjon, au moins lui se trouve dans le monde réel... Tu te demandes ce qui as bien pu arriver à Séléna, si elle aussi vient de se réveiller dans sa chambre. Tu gémis en passant la main dans ton dos, tu tournes la tête mais tu ne vois aucune trace de blessure, pourtant la douleur est encore vive et bien présente.
- Est-ce que ça va, Nab ? demande ton ami Zoltan depuis sa cellule. Je vous ai entendu parler et même crier pendant que vous étiez inconscient, vous vous agitiez en tressaillant, j'ai cru pendant un moment que vous étiez pris d'une crise d'épilepsie ou que vous faisiez une attaque cardiaque... J'ai bien appelé les gardes mais aucun d'entre eux n'a daigné venir.
- Il m'est arrivé quelque chose d'assez... troublant.
- Pourquoi vous être précipité la tête la première contre le mur ?
- Ce serait trop long à vous expliquer, Zoltan, mais rassurez-vous, tout va bien maintenant.
Tu entends des gardes approcher, l'un d'entre eux frappe contre les barreaux de ta cellule à l'aide de sa hallebarde.
- On s'est enfin décidé à se réveiller à ce que je vois ? Bien, toi et le nain faites-vous présentables, vous allez comparaître devant sa majesté la reine pour répondre de vos crimes !
Les deux gardes t'accompagnent jusqu'à une petite navette atmosphérique destinée aux transports de prisonniers, ils te font entrer seul à l'arrière et verrouillent la porte de l'extérieur. Mis à part toi il n'y a qu'un pilote et son co-pilote qui sont séparés de ta cellule par une porte coulissante. La navette décolle à la verticale pour prendre de l'altitude puis le pilote met en marche les réacteurs de poussée et vous filez au-dessus des hautes tours de Calmka. Tu sens que le moment pour toi est venu de mettre ton plan à exécution... Tu respires bruyamment puis tu te laisses tomber au sol en faisant croire que tu es en proie à des spasmes violents.
- Merde, qu'est qui lui prend ?! demande le copilote.
- Je ne sais pas, on dirait qu'il nous fait une crise d'épilepsie. Va jeter un coup d'oil, il doit y avoir une trousse de premiers secours avec des tranquillisants juste derrière toi...
Le copilote se lève de son siège et prend la trousse en question adossée à la cloison. Il déverrouille la porte qui coulisse sur le côté et s'approche de toi, un peu emprunté et ne sachant pas trop comment s'y prendre pour te calmer. Réagissant au quart de tour en faisant montre de ta force musculaire et de ton agilité, tu le croches avec une tenaille de tes jambes et il passe au-dessus de toi, tu entends un craquement de vertèbres lorsque sa tête touche le sol, il ne se relèvera plus...
- Qu'est-ce qui se passe ?! Tout va bien Lainer ? demande le pilote alerté par le cri bref mais audible de son copilote.
Tu récupères les clés contenues dans une poche de l'homme et tu t'empresses d'ouvrir tes menottes. Une fois libéré, tu te relèves et tu te précipites vers la cabine de pilotage.
- Quoi ?! fait le pilote surpris lorsqu'il te découvre au coin de la porte.
Il en déclenche la fermeture automatique et s'empresse d'entrer une fréquence radio :
- Navette pénitentiaire Delta à PC aérien. Alerte code rouge ! Le prisonnier s'est libéré ! Je répète : le prisonnier s'est libéré !
- Bien reçu, NP Delta. Posez-vous immédiatement sur l'astroport le plus proche, nous prévenons la sécurité au sol.
Mais tu as réussi à mettre un bras et une jambe à temps pour bloquer la porte et tu parviens à la forcer sans trop de mal pour te glisser à l' intérieur de la cabine. L'homme met le système de pilotage automatique et se munit d'un pistolet à fusion situé près de son siège. Tu te jètes sur lui avant qu'il ait le temps de te mettre en joue et tu luttes avec lui pour le forcer à lâcher son arme. C'est alors que la cabine de pilotage de la navette se retrouve éclairée par une intense lumière, suivie instantanément d'une terrible explosion qui retentit avec fracas à travers la ville. Vous êtes tous les deux projetés contre la cloison et un tir part... Le pilote glisse sur le côté, un trou encore fumant en plein milieu de la poitrine. La navette semble endommagée et le système de pilotage automatique inopérant, elle fonce tout droit vers les falaises des montagnes rocheuses entourant Calmka !
Tu te places au poste de pilotage et tu essaies tant bien que mal de redresser l'appareil, l'altimètre s'affole et un réacteur est en feu, tu es secoué comme dans une essoreuse à mesure que les falaises se rapprochent dangereusement... Tu coupes l'alimentation en carburant du réacteur endommagé et tu passes tout sur le second en compensant le déséquilibre. La vitre de la cabine commence à craquer et à se fissurer comme de la glace sur un lac gelé. Malgré tous tes efforts tu perds trop d'altitude pour échapper aux montagnes, ton seul espoir de t'en sortir vivant est de sauter. Tu bloques les commandes et tu t'équipes du parachute de secours situé à l' arrière du siège, puis tu t'avances face au sas destiné aux pilotes et tu déclenches son ouverture. Le sas s'ouvre et est littéralement aspiré vers l'extérieur, l'air s'engouffre violemment dans la cabine dépressurisée, prenant du recul, tu te jètes dans le vide en sautant par le sas. Tombant à pique vers les falaises, tu t'empresses d'ouvrir ton parachute et tu remontes soulevé par le vent. Tu tournes la tête et tu regardes la navette poursuivre sa trajectoire descendante pour finir par s'écraser contre les contreforts de la montagne dans un déluge de flammes et de fumée.
Les forts courants d'air d'altitude te rabattent vers la montagne, mais tu arrives néanmoins à trouver un endroit où te poser en haut d'une falaise. Tu atterris lourdement sur le sol rocheux et la toile du parachute te recouvre entièrement, tu t'emmêles un peu dans les cordages mais tu parviens tout de même à te défaire des sangles. Tu t'extirpes de la toile et à ta grande surprisse tu es accueilli par un homme et une femme qui te sont familiers...
Tu reconnais d'amblée la sorcière qui avait semé le chaos dans la salle de bal du château, l'homme n'est autre que le diplomate que tu avais aperçu en train de discuter avec le roi d'Ahzuwd, d'après ce qui avait été dit ce serait lui qui aurait tenté d'assassiner Lothar. L'homme te menace de son arme qui ressemble à un fusil automatique très compensé, tandis que la femme te regarde en se demandant probablement où elle a déjà vu ton visage...
Tu gravis les marches de l'escalier et tu arrives au troisième étage où un vaste couloir parcouru d'un tapis rouge s'étend devant toi, tu entreprends de l'arpenter à la recherche de la chambre de Séléna. Plusieurs portes sont fermées à clé, tu t'approches de l'une d'entre elles pour appuyer sur la poignée et c'est ce même moment que choisit son occupant pour l'ouvrir. Tu te retrouves nez à nez avec un mage qui te dévisage, surpris de te découvrir derrière la porte.
- Pardon, euh, je cherche la chambre de Dame Séléna... dis-tu quelque peu pris au dépourvu.
- C'est bien ici, dit-il en prenant une petite vasque posée sur une commode située à l'entrée, j'allais descendre pour chercher un peu d'eau. Vous pouvez entrer, mais je vous préviens qu'elle est encore très faible, elle n' a que de rares moments de lucidité et il y a peu de chances qu'elle vous reconnaisse. Ne restez pas longtemps pour éviter de la fatiguer...
- C'est d'accord, je vous remercie.
Le mage te laisse entrer puis il referme la porte derrière toi. La chambre est vaste et richement décorée, tu découvres sur ta gauche une imposante cheminée sur laquelle trône le blason de la famille royale de Calmka, à côté de toi un secrétaire en bois précieux et son fauteuil, et à ta droite un tapis rouge brodé de fils d'or menant aux pieds d'un magnifique lit à baldaquin aux draps de soie. Séléna est allongée dessus dans une robe de chambre blanche en dentelle, elle a les yeux fermés et tu entends son souffle léger et régulier. Un filet de fumée provenant de bâtons d'encens s' élève dans l'air, leur odeur douceâtre te pique les narines et les yeux, encore un remède de mages... Tu t'approches de Séléna et tu t'assieds à côté d'elle sur le rebord du lit, tu lui tiens la main et tu l'appelles doucement par son prénom, mais elle ne réagit pas. Difficile de dire si elle dort paisiblement ou si elle se trouve dans une sorte de comas, la voir dans cet état te serre le cour. Tu reposes délicatement sa main et tu laisses sur la table de nuit ta carte mentionnant ton nom et ton numéro de téléphone satellitaire, comme cela elle saura comment te contacter si elle a besoin detoi, à condition bien entendu qu'elle retrouve un jour ses esprits... Tu te lèves du lit et tu jètes un coup d'oil par la fenêtre, tu dénombres justeune poignée de gardes devant ce qui reste de l'entrée principale du château, les autres ont probablement dû partir à la poursuite des fugitifs.
Tu quittes Séléna après avoir refermé précautionneusement la porte de sa chambre, puis tu montes les escaliers menant au quatrième étage. Tu longes le mur de la cage d'escaliers jusqu'à arriver au niveau de l'entrée et tu inspectes l'intérieur du couloir, où un homme tenant une mallette frappée aux armoiries de Nyt se dirige vers une porte flanquée de deux gardes.
- Je suis l'ambassadeur de sa majesté, le doge de Nyt ! annonce-t-il d'une voix maniérée.
- Très bien, vous pouvez entrer, dit l'un des deux gardes tandis qu'ils relèvent leur hallebarde.
L'ambassadeur frappe à la porte et entre dans la chambre du roi, ou plutôt du doge si l'on se réfère à son véritable titre de noblesse. De là où tu te trouves tu n'es pas parvenu à voir grand chose de l'intérieur de la chambre, mais il ne t'a pas semblé entendre d'autre voix que celle du doge qui demandait à son ambassadeur d'entrer. La fenêtre de la chambre ne doit pas se trouver très loin au-dessus de celle de Séléna, tu pourrais presque t'y glisser en escaladant le mur grâce aux pierres apparentes, mais tu pourrais tout aussi bien forcer la porte ou ruser en te faisant passer pour unserviteur. Tu te souviens que tu as toujours dans ton sac la fiole contenant la liqueur d'explosions et cette corde que tu avais empruntées à Zoltan dans sa roulotte, elles pourraient peut-être te servir à assurer ta fuite. Vu le peu de gardes restés au château et aux abords de celui-ci, ce ne devrait pas être trop difficile pour toi, mais qui sait ce qui t'attend derrière cette porte...
La plupart des chambres du quatrième étage qu'occupaient les rois et les reines sont à présent vides, leurs occupants les ayant désertées au cours de la nuit après la tragédie qui s'est déroulée au château. Seules quelques chambres demeurent encore occupées, dont celle du roi d'Ahzuwd et bien entendu celle du doge de Nyt... Tu entres avec discrétion dans une chambre vide opposée à la sienne et tu regardes par la fenêtre si tu peux trouver quelque chose qui puisse faire diversion. En lançant ta fiole contenant la liqueur d'explosions, tu espères pouvoir mettre le feu à quelque tas de paille ou à une étable. Les constructions les plus proches sont les écuries royales, mais tu constates qu'elles ont été ravagées par les flammes, probablement à la suite des violents affrontements qui ont suivi la fuite de Jaheira, il reste cependant une annexe du château ressemblant à des baraquements de soldats. Tu te dis qu'ils ont tous dû être mobilisés pour partir à la recherche de la sorcière et qu'il ne doit plus rester grand monde à l'intérieur. Tu sors donc de ton sac la fiole contenant le liquide incolore et visqueux, puis en prenant du recul et en tendant ton bras vers l 'arrière, tu jètes de toutes tes forces la fiole en direction des baraquements ! Une lumière vive apparaît lorsqu'elle touche le toit de l' annexe, puis tu entends une violente explosion qui fait trembler les fondations du château, des flammes dévorant le bâtiment pratiquement éventré...
C'est la panique dans la cour, une cloche retentit et plusieurs gardes postés à l'entrée se précipitent vers les baraquements à la recherche de survivants. Tu sens que le moment est venu pour toi de passer à l'action, tu quittes la chambre et tu cours en direction des gardes postés devant la porte de la chambre du doge.
- Vite, descendez, nous sommes attaqués ! cries-tu aux gardes sur un ton dramatique et affolé. Les baraquements sont en feu, nous avons besoin de l' aide de tout le monde !
- Mais, fait l'un des deux gardes en regardant l'autre, on peut pas...
- Allez, viens ! dit son collègue en lui faisant signe de le suivre.
- Je vais prévenir les autres, dis-tu en leur laissant croire que tu te diriges vers l'escalier menant au cinquième étage.
Les deux gardes te croisent en courant vers l'escalier menant au niveau inférieur, tu attends quelques secondes après qu'ils y aient disparu, puis tu empoignes tes auto-lanceurs d'uzis équipés de silencieux. Bien décidé à jouer sur l'effet de surprise, tu appuies sur la poignée et tu donnes ensuite un violent coup de pied dans la porte. Celle-ci s'ouvre brusquement en claquant contre le mur, le doge est debout devant sa fenêtre en train d' essayer de voir ce qui se passe au dehors, quant à son ambassadeur il est assis devant le bureau du doge où il prépare des documents officiels à lui faire signer. Ils se retournent tous les deux avec effroi tandis que tu faisirruption dans la chambre en ouvrant le feu sur eux, la puissance des tirs fait tomber l'ambassadeur de sa chaise, ses dossiers se répandant sur le sol, quant au doge il se retrouve projeté contre le mur et s'affaisse sur lui-même, criblé de balles. Alors que les canons de tes uzis fument encore, tu fermes la porte derrière toi et tu la verrouilles de l'intérieur. Tu passes à côté de l'ambassadeur qui nage dans une mare de sang, puis tu t' approches du doge pour t'assurer que ton contrat est bien rempli. Malgré le fait que les habits violets du doge aient été balayés par une rafale, tu te rends compte avec surprise que celui-ci a l'air encore vivant, alors que tu t'apprêtes à lui donner le coup de grâce, il tend une main implorante dans ta direction :
- Ainsi donc... il devait en être ainsi... dit-il en reprenant péniblement son souffle. Vous... vous êtes autant victime que moi... de cette machination...
- Comment ?
- Ah ! fait-il en souriant. Vous avez été manipulé... mais à présent il est trop tard...
- Comment ça !? De quoi parlez-vous ?
- Vous... vous comprendrez bien assez tôt... dit-il dans un dernier soupir avant d'expirer.
Tu regardes ses yeux fixes et son visage prenant le masque mortuaire. Tu es troublé par ces révélations et tu as du mal à comprendre ce qu'il a voulu te dire, était-ce sous l'effet de la peur ou y a-t-il réellement quelque chose de vrai là-dedans ? Pourquoi les dernières paroles d'un roi seraient-elles une mise en garde ? C'est alors que ton attention est attirée par une lettre manuscrite se trouvant sur le bureau :
"Ma chère et tendre épouse,
Les communications ayant été coupées, j'en suis réduit à vous écrire cette lettre pour vous donner de mes nouvelles. Comme vous avez certainement déjà dû l'apprendre, le château royal de Calmka a été le théâtre d'un odieux carnage ayant entraîné la mort du roi d'Ijvawss, le roi de Calmka étant quant à lui dans un état jugé critique, je redoute malheureusement qu'il ne soit condamné. Le sort a semble-t-il décidé de s'acharner contre nous autres qui avions participés à cette campagne contre ces barbares du Peuple de la Mer, il ne va bientôt plus rester que moi et le roi d'Ahzuwd, j'ai d' ailleurs bien failli être leur dernière victime...
Si je devais mourir, le pacte que nous avions conclu tous les quatre disparaîtrait avec moi, le roi d'Ahzuwd aurait alors les mains libres pour étancher sa soif démesurée de pouvoir et de conquêtes, je crains que Magel ne sombre à nouveau dans une ère de chaos dont elle ne se relèvera point cette fois-ci... La sorcière et ses acolytes n'ont toujours pas été capturés et courent encore dans Calmka, mon vieux coeur n'est plus ce qu'il était et j'ai donc décidé de prendre quelque repos dans ma chambre. La reine de Calmka, qui veille en ce moment même au chevet de son époux, a fait poster deux gardes devant ma porte pour assurer ma sécurité.
En attendant que le couvre-feu soit levé, je me suis entretenu avec notre fidèle ambassadeur Manzerg. Il m'a fait part de ses craintes concernant les intrus qui ont tenté de pénétrer dans notre palais de Nyt, selon lui quelqu' un d'autre que les barbares chercherait à m'assassiner, mais pour l'instant il ignore encore son identité et continue à mener son enquête. Je reviendrai auprès de vous dès que le transcontinental sera à nouveau en service, toutes mes plus tendres pensées accompagnent cette lettre. Votre époux dévoué qui vous aime...
Arthuro II, Doge de Nyt"
Tu te sens mal à l'aise, toute cette histoire devient de plus en plus louche. A qui peux-tu réellement faire confiance ? Quoi qu'il en soit ce n' est sûrement pas le moment de traîner ici, tu ouvres la fenêtre et turegardes en bas où se trouve un puits ainsi qu'un poulailler protégé par une petite tonnelle. La corde de Zoltan ne te permettra d'atteindre que le second étage, mais de là tu pourrais sauter puis te laisser glisser jusqu'en bas le long de la tonnelle. Tu sors donc la corde de ton sac et tu la noues solidement au rebord de la fenêtre, tu la jètes ensuite par celle-ci afin de la dérouler. C'est alors que tu entends une voix au dehors :
- Eh, vous ! s'exclame un garde sortant de dessous la tonnelle.
Il est trop tard pour fuir par la fenêtre et il faut te dépêcher car le garde va avoir tôt fait de prévenir les autres... Tu t'apprêtes à ouvrir la porte pour tenter ta chance par les escaliers, mais au même moment tu entends des bruits de bottes dans le couloir, on frappe à la porte :
- Votre majesté ? demande un garde. Nous étions descendus pour aider les autres, mais nous avons reçu l'ordre de retourner à notre poste. Votre majesté, est-ce que tout va bien ?
Il essaie d'ouvrir la porte mais elle est verrouillée.
- Monsieur l'ambassadeur, majesté ? Ouvrez la porte, s'il vous plait !
Te voilà dans le donjon, faisant les cent pas entre les quatre murs de ta cellule avec pour tout mobilier un lit et une petite table. L'atmosphère pesante du lieu et les épais barreaux de métal t'oppressent, ces vieilles pierres suintent d'humidité et une odeur de moisissure flotte dans l'air.
Les gardes t'ont retiré toutes tes armes et ton équipement, te laissant juste tes habits sur le dos. Tu t'en veux de t'être laissé faire prisonnier, mais que pouvais-tu faire face aux pouvoirs de ce mage ? Il reste maintenant à savoir quel sort te réserve la reine...
C'est alors que tu entends une porte s'ouvrir. Des pas raisonnent dans le couloir, quelqu'un vient dans ta direction... Un homme s'arrête devant ta cellule, il s'agit du vieux mage qui t'a arrêté, il te fixe d'un air accusateur et méprisant :
- J'ose espérer que vous appréciez votre nouvelle scène, monsieur Nab ou devrais-je dire Nabuko ?
- Je ne crois pas que nous ayons été présentés ?
- Je suis l'archimage Lazarus, grand maître des mages de combat royaux de Calmka. Et vous qui êtes vous réellement ? Pour qui travaillez-vous ? Répondez ! t'ordonne-t-il sur un ton sec.
- Inutile de vous fatiguer, je ne vous dirai rien.
- Détrompez-vous, mon jeune ami, vous parlerez, soyez-en sûr... De gré ou de force, c'est à vous de décider. La mort est la seule sentence pour le crime odieux que vous avez commis, coopérez et vous obtiendrez peut-être la clémence de la reine, mais si vous persistez dans votre refus vous serez conduit à l'échafaud.
- Qui vous dit que je suis bien le meurtrier ? Je n'ai fait que me défendre
contre vos gardes qui ont ouvert le feu sur moi.
- Vous faites un piètre menteur, monsieur Nabuko. Quoi qu'il en soit sachez que j'ai les moyens de faire parler les plus récalcitrants, vous n' échapperez pas à la règle...
- Vos menaces ne m'impressionnent pas.
- C'est ce que nous verrons, dit-il en faisant jaillir de ses mains de fins éclairs bleutés qui viennent te frapper de plein fouet.
Tu t'écroules sur le sol en pierre de la cellule, te contorsionnant sous l' effet de la douleur. Les éclairs continuant de courir pendant quelques secondes sur ton corps et sur les barreaux.
- Vous me... le paierez... dis-tu en reprenant difficilement ton souffle.
- J'en doute, fait-il avec ironie.
- J'ignorais que vous aviez pour habitude de torturer vos prisonniers ?!
- Vous appelez cela de la torture ? Voyons, ce n'était qu'un aperçu de ce qui vous attend si vous vous refusez à parler. Savez-vous jusqu'à quel point un corps peut endurer la douleur ? Pour vous aider à réfléchir j'ai fait venir quelqu'un, spécialement pour vous... dit-il en faisant un signe de la main.
Tu entends la porte s'ouvrir et des personnes marcher dans le couloir, deux gardes font entrer un petit homme dans une cellule faisant face à la tienne.
Tu reconnais de suite ses habits bleus et son visage rond, c'est Zoltan...
- Si vous ne parlez-pas, dit le vieux mage, peut-être que votre ami sera plus coopératif. Réfléchissez-bien à tout ce que je vous ai dit, je repasserai demain et j'espère que vous aurez alors changé d'avis, dans le cas contraire je devrais me montrer moins clément... déclare-t-il en tournant les talons et en se dirigeant vers la porte, escorté des deux gardes.
Tandis que la porte se referme lourdement telle l'annonce d'une sentence à venir, tu vois Zoltan s'approcher des barreaux de sa cellule puis s'y accrocher à deux mains.
- Est-ce que ça va, Nab ? demande-t-il d'une voix mal assurée.
- Oui, ça va, je survivrai, réponds-tu en te hissant péniblement sur ton lit.
- Misère de misère... Mais que vous a-t-il prit de faire ça ? Regardez où cela vous a mené, où cela nous a menés... Pourquoi, Nab ? Pourquoi ?!
- Cela serait trop long à vous expliquer, Zoltan, qui plus est je ne tiens pas à vous mettre en danger en vous révélant certaines choses, vous
comprenez ?
- A vrai dire je ne comprends plus rien... Notre spectacle a fait un triomphe, j'avais déjà reçu des invitations de la part de seigneurs de tous les royaumes pour venir nous produire chez eux, notre fortune était faite.
Et voilà que cette femme est arrivée et a semé la désolation, puis il y a eu cet assassinat contre le doge de Nyt et maintenant voilà que nous nous retrouvons tous les deux enfermés dans une cellule miteuse au fin fond du donjon du château. Pourquoi le sort s'acharne-t-il toujours contre moi ?! S' exclama-t-il en allant s'asseoir sur son lit et en sanglotant à l'abri de ses bras pour que tu ne l'entendes pas pleurer.
Tu as compté chaque seconde de cette nuit qui t'a semblé durer une éternité, pendant ce temps ton esprit arpentait sans cesse ta cellule sans fenêtre. Les soldats poursuivent leurs rondes deux par deux en attendant la relève qui s'effectue toutes les six heures. Tu sais que le jour s'est levé car tu entends un garde s'approcher avec la bouillie de céréales qui vous servira de petit-déjeuner. Il ouvre la cellule de Zoltan et lui pose sa gamelle sur la table, puis il vient en faire de même avec toi, il continue ensuite sa tournée à travers les sombres couloirs du donjon. Tu te résignes à avaler cette bouillie insipide car tu te dis que tu auras besoin de toutes tes forces pour résister au traitement que va probablement t'infliger Lazarus.
Tu jètes un coup d'oeil en direction de Zoltan, ton ami ne s'alimente plus et reste prostré sur son lit calé dans un coin de sa cellule. Lui qui pensait que sa longue traversée du désert était enfin arrivée à son terme, le voilà jeté en prison pour complicité de meurtre, la désillusion et l' amertume doivent être à la hauteur de ses espérances...
Tu entends deux gardes aborder un sujet sensible pendant leur ronde :
- Maintenant qu'Ahzuwd a mis la main sur Ijvawss et sur Loum, je me demande où ça va s'arrêter ?
- J'en sais trop rien, la nouvelle doge de Nyt à l'air de vouloir lui barrer la route. Ca se voit qu'elle peine à s'imposer depuis la mort d'Arthuro, elle veut négocier mais je crois qu'elle aura du mal à retenir ses troupes.
- Ouais, le problème c'est que si Nyt tombe, on est les prochains sur la liste...
- Et devine qui est-ce qui va se retrouver en première ligne ?
- Engagez-vous, qu'ils disaient... fait-il en riant jaune.
Le temps passe et tu attends résigné que l'archimage Lazarus vienne te faire subir son interrogatoire. Celui-ci ne tarde d'ailleurs pas et tu entends bientôt les portes s'ouvrir et ses pas raisonner dans le couloir, il s' arrête devant ta cellule et te toise avec morgue :
- Avez-vous passé une bonne nuit, monsieur Nabuko ? Je l'espère car nous allons avoir certaines choses à nous dire, mais je veillerai à ce que vous ne vous assoupissiez point, n'est-ce pas ? Puis-je donc compter sur votre coopération, mon jeune ami ?
- Je suis prêt à vous dire tout ce que vous voulez, du moins tout ce que je sais, mais laissez Zoltan en dehors de tout ça. Je me suis servi de lui pour m'introduire dans le château, il n'a rien fait de mal et est innocent de ce qu'on lui reproche...
- Les prisons regorgent d'innocents, c'est bien connu. Quoi qu'il en soit, je constate avec satisfaction que vous vous êtes décidé à parler, c'est une bonne chose, assurément. Allez-y, je vous écoute attentivement...
- J'ai effectivement tué le doge de Nyt, mais c'était sur ordre de mon employeur. Avant de mourir le doge m'a révélé que j'avais été utilisé et je crois en effet que c'est le cas.
- Et le nom de votre employeur ?
- Je l'ignore, il a toujours tenu à garder l'anonymat.
- Je suppose que les pièces d'or que nous avons retrouvées sur vous n' étaient qu'un acompte, n'est-ce pas ?
- C'est vrai, il m'en avait promis beaucoup plus une fois le contrat rempli. Mais il m'avait dit que le doge était à la source de bien des crimes et que je ne ferais que rendre justice en le tuant, je l'ai cru...
- Comme vous pouvez être naïf... Oui, naïf de lui avoir fait confiance et naïf de penser que j'allais croire que vous ignorez son identité.
- Je vous dis que je ne le connais pas, il passait toujours par un intermédiaire qui...
- Assez...
- Ecoutez, je peux vous aider à le retrouver si...
- Il suffit ! t'interrompe-t-il sèchement. Je ne saurais tolérer davantage vos mensonges ! Je pourrais broyer vos os un par un jusqu'à ce que vous avouiez le nom de votre employeur, mais par égard pour une personne j'ai accepté d'employer d'autres manières...
Tu entends la porte s'ouvrir une nouvelle fois suivie d'un bruissement de tissu.
- Ah, mais je crois justement que c'est elle. Approchez, je vous en prie... dit-il en faisant un signe de la main.
Tu vois une personne s'arrêter à côté de Lazarus, ses traits son fatigués et son visage blafard, mais tu reconnais du premier coup dame Séléna lorsqu' elle plonge ses yeux mélancoliques dans les tiens.
- J'ignore pourquoi vous éprouvez de la pitié pour cet homme, ma chère, ce n'est tout au plus que du gibier de potence. Mais après tout, si vous pensez arriver à tirer quelque chose de lui. Oh, c'est vrai, j'oubliais... Vous savez sûrement que dame Séléna est l'émissaire de l'OC, mais saviez-vous qu' elle dispose également de puissants pouvoirs mentaux qui lui permettent de s 'insinuer jusqu'au plus profond de l'esprit des gens ?
- Dame Séléna, est-ce que vous allez mieux ? demandes-tu.
- N'essayez pas de résister, Nabuko, dit-elle d'une voix douce mais déterminée, cela ne devrait pas durer longtemps.
- Non, attendez...
Tu sens une force incroyable s'insinuer dans ton esprit, compressant ton cerveau comme s'il se retrouvait coincé dans un étau. Tu sens la présence de Séléna en toi, comme si vous ne faisiez qu'une seule et même personne, elle cherche dans ta mémoire comme tu le ferais lorsque tu essaies de te rappeler d'un vieux souvenir ou du nom d'une personne que tu as bien connue mais dont tu ne te souviens plus du nom. Tu te concentres pour essayer de lui résister, tu repense à tous les moments difficiles de ta vie, à ton service dans l'armée terrienne, à toutes les atrocités que tu as vues et que tu as pu commettre par le passé, puis à ta vie sur Magel rythmée par les meurtres, les assassinats, les enlèvements et les contrats en tous genres. Tu essaies de la noyer sous cette masse de souvenirs riches en détails parfois assez sordides.
- (Il y a tant de tristesse en vous... dit-elle dans ton esprit.)
- (Sortez de ma tête !)
- (Il est inutile de résister, Nabuko, vous ne faites que repousser l' inéluctable...)
Tu sens qu'elle redouble d'énergie dans ses attaques mentales, ton esprit commence à s'embrouiller et tu éprouves de plus en plus de difficultés à lutter contre sa volonté. Des images commencent à apparaître, des bruits de tirs et des cris, tu revois ton combat contre Lazarus puis celui contre les gardes dans les couloirs du château, tu remontes le temps jusqu'au moment où tu ouvres le feu sur le doge et son ambassadeur, tu réentends ses dernières paroles puis ton regard s'attarde sur la lettre manuscrite se trouvant sur son bureau. Tu remontes encore le temps jusqu'au moment où tu te fais toucher par un tir dans la salle de bal, puis tu revois le duel magique entre Séléna et Jaheira ainsi que les corps des invités et des gardes gisant sur le sol. En l'espace d'un flash tu te retrouves dans la caisse de Zoltan puis dans la salle de spectacle en train de te préparer, à ce moment apparaît l'homme en noir portant autour du coup un pendentif représentant un cerbère.
- (Un homme du Tigre de l'Ombre... fait Jaheira mentalement.)
Tu revois ta conversation avec lui et tu l'entends prononcer les noms d' Ahzuwd et de Nyt, puis te parler de l'assassinat du doge, de Séléna et de Dolin et t'offrir une récompense en pièces d'or sonnantes et trébuchantes, enfin tu te revois arriver dans le château et apercevoir au loin le visage d 'un homme, celui de Lothar, le roi d'Ahzuwd...
- (Ainsi donc c'est lui qui... a-t-elle juste le temps de dire avant que tu ne l'interrompes.
- (Je ne peux pas vous laisser faire, je suis désolé...)
- (Non, Nabuko, ne faites pas ça !)
Tu te concentres de toutes tes forces et tu te jètes la tête la première contre le mur de ta cellule. Le violent choc que tu reçois t'assomme instantanément et tu t'effondres au pied de ta couchette. De son côté Séléna s'évanouit, la liaison mentale ayant été interrompue avant qu'elle n'ait eu le temps de quitter ton esprit.
- Misérable ! fait Lazarus à ton intention. Tu ne perds rein pour attendre... Gardes !
Les deux gardes qui faisaient leur ronde dans les couloirs du donjon le rejoignent en courant et regardent la scène avec étonnement.
- Raccompagnez dame Séléna dans sa chambre, surtout prenez bien soins d' elle.
- A vos ordres ! répond un garde en attrapant délicatement Séléna pour la porter dans ses bras.
- Qu'est-il arrivé au prisonnier ? demande l'autre garde. Dois-je appeler quelqu'un pour lui prodiguer des soins, seigneur Lazarus ?
- Laissez-le où il est, je lui réserve un sort peu enviable à son réveil...
Tout autour de toi s'étend à perte de vue une terre désolée balayée par un vent glacial porteur d'une odeur de mort. De sombres nuages menaçants glissent rapidement dans le ciel et l'horizon brille d'une couleur rouge sang. Tu tiens ta tête à deux mains, comme pris d'une migraine épouvantable, tu te demandes si tu es en plein cauchemar mais plus tu regardes autour de toi et plus tu as la sensation que tout cela est bien réel... Est-ce un châtiment que t'a infligé Lazarus ? Une torture bien au-delà de ce que tu avais imaginé ? Tu te relèves péniblement et tu scrutes les alentours où s' élève une chaîne montagneuse désertique, tu discernes au loin ce qui ressemble à un océan d'une couleur semblable à l'horizon. Tu entends raisonner des cris au loin, ce sont ceux d'un homme qui appelle à l'aide quelqu'un :
- Aide-moi, je t'en prie ! Pourquoi m'as-tu abandonné, Nabuko ?
- Père ?! Est-ce que c'est vous ? J'arrive ! cries-tu en courant dans la direction d'où provient la voix portée par le vent.
Tu cours à en perdre haleine vers un lieu inconnu, le paysage de désolation défile autour de toi tandis que des nuages de poussière rouge se lèvent sur ton passage. En l'espace d'un instant c'est à une véritable tempête de poussière que tu dois faire face, tu avances contre le vent en te protégeant le visage à l'aide de tes mains. Tu entends encore les cris de cet homme que tu imagines être ton père mais également des rires assourdis et des pleurs.
Le vent souffle de plus en plus fort et tu tombes bientôt à genoux, tu cries le nom de ton père en espérant qu'il t'entendra. C'est à ce moment que tu vois une lumière briller sur ta gauche, tu réunis tes forces et tu luttes contre la tempête pour te diriger vers la lumière.
Elle s'estompe et tu discernes bientôt l'entrée d'une petite grotte se trouvant au pied de la chaîne montagneuse, tu te demandes comment tu as pu parcourir aussi rapidement la distance qui te séparait d'elle. Soulagé d' avoir trouvé un abri, tu te réfugies à l'intérieur de la grotte sombre et humide où tu peux enfin reprendre ton souffle. A l'extérieur la tempête de poussière rouge se déchaîne, tu tends l'oreille tandis qu'un bruit de pas raisonne à l'intérieur de la grotte. Tu te caches dans un renfoncement de la paroi et c'est alors que tu vois une personne s'avancer vers toi. Tu reconnais sa longue tunique sombre et sa capuche, c'est l'homme en noir travaillant pour le roi d'Ahzuwd, celui que Séléna avait identifié comme faisant partie du Tigre de l'Ombre. Il se retourne vers toi et te fixe de ses yeux brillants :
- Monsieur Nabuko, comme nous nous retrouvons...
- Mais où sommes-nous ? Quel est cet endroit de cauchemar ?!
- Il est dommage que vous n'ayez pas rempli la mission que sa majesté vous avait confiée.
- Mais... attendez, c'est vrai Dolin et Séléna sont encore vivants mais j'ai bien tué le doge et son ambassadeur, comme le roi me l'avait demandé.
- C'est bien regrettable, nous avions de grands projets pour vous et vous avez trahi notre confiance.
- C'est faux, je n'ai rien dit à personne, je n'ai pas parlé !
- Connaissez-vous le sort que nous réservons aux traîtres ?
- Non, écoutez-moi...
Tu vois un rictus se dessiner sur sa bouche, ses yeux se mettent à briller d 'une lueur inquiétante tandis qu'il se recroqueville sur lui-même, le pendentif qu'il porte autour du coup effectuant un mouvement de balancier de gauche à droite. Tu l'entends crier alors que sa tunique se déchire, laissant apparaître un colossal chien noir à trois têtes dont les yeux rouges te dévisagent avec un appétit carnassier, tu vois ses trois gueules béantes munies de rangées de dents aussi coupantes que des lames de rasoir.
Paniqué, tu prends la fuite en courant vers les profondeurs de la grotte, t' enfonçant dans les ténèbres sans te demander si la grotte se termine par un cul-de-sac. Tu entends les griffes des pattes du cerbère raisonner sur le sol, tu sens son souffle poisseux sur ta nuque, il est sur ta piste... Une voix t'appelle au loin, c'est celle de Séléna, et une faible lueur apparaît droit devant toi. Est-ce la sortie ou un piège ?
Tu poursuis ta course effrénée à travers la grotte, t'enfonçant toujours plus profondément à la poursuite de cette lumière qui semble s'éloigner au fur et à mesure que tu avances. Le cerbère ne te lâche pas, tu sens ses trois pairs d'yeux rougeoyants te fixer avec une rage démoniaque, il se rapproche progressivement et tu sais que dans quelques secondes tu seras à sa merci. C'est alors que tu as le sentiment que, pour la première fois depuis que tu l'as vue, la lumière semble se rapprocher et gagner en intensité. Tu donnes tout ce que tu as et tu entames la dernière ligne droite qui te mènera soit vers une issue, soit vers une mort certaine. Au moment où tu bondis pour te jeter dans le halo de lumière, tu ressens une affreuse douleur dans ton dos, puis tu entends un hurlement particulièrement monstrueux et terrifiant qui restera à jamais gravé dans ton esprit...
Tes yeux sont éblouis par la clarté qui règne en ce lieu, tu les ouvres doucement tandis que la lumière décroît d'intensité. Tout autour de toi s' étend un immense champ de fleurs sauvages baigné par les rayons d'un soleil printanier. Tu cherches la présence du cerbère mais tu n'en trouves aucune trace, par contre tu vois très bien la montagne au loin ainsi qu'une entrée menant à la grotte sombre, tu sens qu'il est encore quelque part là-bas, en train de t'attendre... Une immense cascade se jète depuis le sommet de la montagne jusque dans un fleuve qui serpente au milieu du champ, tu peux même entendre le clapotis de l'eau le long de la rive. Une fois de plus tu as parcouru pratiquement instantanément une grande distance sans t'en rendre compte, ce nouveau paysage tranchant radicalement avec les terres de désolations où tu avais échoué, tel un ange déchu précipité dans un enfer sans nom. Voilà qu'un oiseau se rapproche, quoiqu'en y regardant de plus prêt il ressemble davantage à un humain à la silhouette féminine. Glissant dans les airs avant de se déposer au sol avec grâce, ses cheveux châtains caressés par une douce brise, Séléna se rapproche de toi avec un sourire aux lèvres.
- Séléna ? C'est bien vous que j'ai entendu m'appeler dans la grotte, n' est-ce pas ?
- En effet, Nabuko, j'ai senti que vous aviez besoin d'aide. Montrez-moi votre blessure... te demande-t-elle en passant dans ton dos.
- Mais que se passe-t-il ? Où sommes-nous à la fin ?!
- Nous nous trouvons dans un plan onirique, une sorte de rêve si vous préférez... J'imagine que Lazarus a voulu vous punir en exilant votre esprit en ce lieu, le problème étant que le choc que vous vous êtes donné à la tête a altéré votre perception et que je n'ai pas eu le temps de me retirer à temps de votre esprit, me retrouvant ainsi également prisonnière de cet
endroit. Lazarus ne pouvait ignorer cela lorsqu'il vous y a projeté, je me demande donc pourquoi ?
- Est-ce que c'est grave ? demandes-tu en tournant la tête.
- Si vous parlez de la belle griffure que vous avez dans le dos et bien vous survivrez, mais si vous parlez de ce plan onirique alors il nous faut trouver une issue rapidement, sinon il se peut que nous en restions à jamais prisonniers, du moins jusqu'à ce que nos corps physiques meurent ou que nousnous fassions tuer par une bête telle que celle qui vous a attaqué.
- Si je tenais ce Lazarus, je lui ferais comprendre sa douleur !
- C'est un grand maître, ses pouvoirs dépassent de loin les miens, vous n' auriez aucune chance contre lui... Et puis il n'est pas votre véritable ennemi, n'est-ce pas ?
- Que voulez-vous dire ?
- Je sais tout, Nabuko, du moins tout ce que vous pouvez ou croyez savoir... Vous n'auriez jamais dû accepter de passer un accord avec le roi d'Ahzuwd, Lothar est un être calculateur dont la fourberie n'égale que sa puissance et son influence au sein des royaumes. Dolin et moi enquêtons sur lui et ses activités, nous le soupçonnons d'être étroitement lié à tous les événements qui secouent Magel, dont l'assassinat de la princesse Flora, celle-ci allait d'ailleurs se marier avec le prince d'Ahzwud qui a lui-même été enlevé. Par votre témoignage vous pourriez entraîner la chute de Lothar, il le sait pertinemment bien et va sûrement tenter de vous éliminer...
- De toute façon ce serait ma parole contre celle d'un roi ?
- C'est exact, mais Lothar est connu pour ne jamais laisser aucune chance à ses ennemis.
- Si jamais nous sortons d'ici, je suppose que mon sort est déjà tranché et que je finirai au bout d'une corde ?
- Pas forcément, j'interviendrai en votre faveur auprès de la reine Morane, elle est bonne et saura faire preuve de clémence. Quoi qu'il en soit, rien ne vous obligeait à assassiner le doge de Nyt, vous auriez très bien pu décider de partir en tournée à travers les royaumes avec votre ami Zoltan ou tout simplement quitter Calmka sans demander votre reste.
- C'est vrai, mais j'ai toujours honoré mes contrats. Le sens de l'honneur est quelque chose que je tiens de mon père adoptif, c'est d'ailleurs l'une des rares choses qu'il m'ait transmis...
Tu es étreint par une poigne de terreur tandis que résonne un hurlement lointain, celui du cerbère ! Soudain la terre se met à trembler et le ciel à s'obscurcir, la cascade se tarit et un torrent de lave dévale bientôt la montagne en empruntant le cours de l'ancien fleuve. Les fleurs se fanent instantanément et s'envolent comme aspirées par les nuages qui s'enroulent en spirale dans le ciel.
- Que se passe-t-il ?! demandes-tu à Séléna.
- Je l'ignore et très franchement je n'ai pas du tout envie de le savoir... Quittons cet endroit avant de nous retrouver prisonniers de la lave ! S' exclame-t-elle en courant vers un petit pont de pierre qui enjambait le fleuve.
Tu t'élances à sa suite et au moment où vos pieds foulent le pont, la terre s'ouvre tout autour de vous. Il ne reste bientôt plus que ce pont suspendu au milieu de nulle part et des parcelles de terre flottant un peu partout au-dessus d'un vide abyssal, le ciel a disparu pour laisser place à l'éclat des étoiles, tu as l'impression de trouver dans l'espace. A l'autre bout du pont s'est ouvert une sorte de vortex luminescent telle une invitation à quitter cet endroit de cauchemar
- Vous croyez que c'est l'issue que nous recherchons ?
- Je n'en vois pas d'autre, te répond Séléna en effectuant un tour complet sur elle-même.
- Avant que nous ne franchissions ce seuil, pouvez-vous me promettre une chose ?
- De quoi s'agit-il ?
- Ne dévoilez-pas le nom de mon employeur, du moins pas toute de suite. Vous pouvez faire ça pour moi ?
- Si vous y tenez, Nabuko... De toute manière nous devrons disposer de preuves solides si nous voulons accuser Lothar, et il est certain que vous êtes un témoin clé dans cette affaire.
- Merci, alors allons-y... dis-tu en lui tendant la main.
Séléna acquiesce et prend ta main dans la sienne, puis vous avancez lentement vers le vortex. Sa lumière vous enveloppe et vous vous sentez inexorablement attirés vers lui, vous le franchissez ensemble en fermant les yeux. Tu te sens pris d'un violent mal de tête tandis que tu rouvres péniblement les yeux sur les vieilles pierres humides et les barreaux de ta cellule. Pour un peu tu serais presque heureux de te retrouver dans ce donjon, au moins lui se trouve dans le monde réel... Tu te demandes ce qui as bien pu arriver à Séléna, si elle aussi vient de se réveiller dans sa chambre. Tu gémis en passant la main dans ton dos, tu tournes la tête mais tu ne vois aucune trace de blessure, pourtant la douleur est encore vive et bien présente.
- Est-ce que ça va, Nab ? demande ton ami Zoltan depuis sa cellule. Je vous ai entendu parler et même crier pendant que vous étiez inconscient, vous vous agitiez en tressaillant, j'ai cru pendant un moment que vous étiez pris d'une crise d'épilepsie ou que vous faisiez une attaque cardiaque... J'ai bien appelé les gardes mais aucun d'entre eux n'a daigné venir.
- Il m'est arrivé quelque chose d'assez... troublant.
- Pourquoi vous être précipité la tête la première contre le mur ?
- Ce serait trop long à vous expliquer, Zoltan, mais rassurez-vous, tout va bien maintenant.
Tu entends des gardes approcher, l'un d'entre eux frappe contre les barreaux de ta cellule à l'aide de sa hallebarde.
- On s'est enfin décidé à se réveiller à ce que je vois ? Bien, toi et le nain faites-vous présentables, vous allez comparaître devant sa majesté la reine pour répondre de vos crimes !
Les deux gardes t'accompagnent jusqu'à une petite navette atmosphérique destinée aux transports de prisonniers, ils te font entrer seul à l'arrière et verrouillent la porte de l'extérieur. Mis à part toi il n'y a qu'un pilote et son co-pilote qui sont séparés de ta cellule par une porte coulissante. La navette décolle à la verticale pour prendre de l'altitude puis le pilote met en marche les réacteurs de poussée et vous filez au-dessus des hautes tours de Calmka. Tu sens que le moment pour toi est venu de mettre ton plan à exécution... Tu respires bruyamment puis tu te laisses tomber au sol en faisant croire que tu es en proie à des spasmes violents.
- Merde, qu'est qui lui prend ?! demande le copilote.
- Je ne sais pas, on dirait qu'il nous fait une crise d'épilepsie. Va jeter un coup d'oil, il doit y avoir une trousse de premiers secours avec des tranquillisants juste derrière toi...
Le copilote se lève de son siège et prend la trousse en question adossée à la cloison. Il déverrouille la porte qui coulisse sur le côté et s'approche de toi, un peu emprunté et ne sachant pas trop comment s'y prendre pour te calmer. Réagissant au quart de tour en faisant montre de ta force musculaire et de ton agilité, tu le croches avec une tenaille de tes jambes et il passe au-dessus de toi, tu entends un craquement de vertèbres lorsque sa tête touche le sol, il ne se relèvera plus...
- Qu'est-ce qui se passe ?! Tout va bien Lainer ? demande le pilote alerté par le cri bref mais audible de son copilote.
Tu récupères les clés contenues dans une poche de l'homme et tu t'empresses d'ouvrir tes menottes. Une fois libéré, tu te relèves et tu te précipites vers la cabine de pilotage.
- Quoi ?! fait le pilote surpris lorsqu'il te découvre au coin de la porte.
Il en déclenche la fermeture automatique et s'empresse d'entrer une fréquence radio :
- Navette pénitentiaire Delta à PC aérien. Alerte code rouge ! Le prisonnier s'est libéré ! Je répète : le prisonnier s'est libéré !
- Bien reçu, NP Delta. Posez-vous immédiatement sur l'astroport le plus proche, nous prévenons la sécurité au sol.
Mais tu as réussi à mettre un bras et une jambe à temps pour bloquer la porte et tu parviens à la forcer sans trop de mal pour te glisser à l' intérieur de la cabine. L'homme met le système de pilotage automatique et se munit d'un pistolet à fusion situé près de son siège. Tu te jètes sur lui avant qu'il ait le temps de te mettre en joue et tu luttes avec lui pour le forcer à lâcher son arme. C'est alors que la cabine de pilotage de la navette se retrouve éclairée par une intense lumière, suivie instantanément d'une terrible explosion qui retentit avec fracas à travers la ville. Vous êtes tous les deux projetés contre la cloison et un tir part... Le pilote glisse sur le côté, un trou encore fumant en plein milieu de la poitrine. La navette semble endommagée et le système de pilotage automatique inopérant, elle fonce tout droit vers les falaises des montagnes rocheuses entourant Calmka !
Tu te places au poste de pilotage et tu essaies tant bien que mal de redresser l'appareil, l'altimètre s'affole et un réacteur est en feu, tu es secoué comme dans une essoreuse à mesure que les falaises se rapprochent dangereusement... Tu coupes l'alimentation en carburant du réacteur endommagé et tu passes tout sur le second en compensant le déséquilibre. La vitre de la cabine commence à craquer et à se fissurer comme de la glace sur un lac gelé. Malgré tous tes efforts tu perds trop d'altitude pour échapper aux montagnes, ton seul espoir de t'en sortir vivant est de sauter. Tu bloques les commandes et tu t'équipes du parachute de secours situé à l' arrière du siège, puis tu t'avances face au sas destiné aux pilotes et tu déclenches son ouverture. Le sas s'ouvre et est littéralement aspiré vers l'extérieur, l'air s'engouffre violemment dans la cabine dépressurisée, prenant du recul, tu te jètes dans le vide en sautant par le sas. Tombant à pique vers les falaises, tu t'empresses d'ouvrir ton parachute et tu remontes soulevé par le vent. Tu tournes la tête et tu regardes la navette poursuivre sa trajectoire descendante pour finir par s'écraser contre les contreforts de la montagne dans un déluge de flammes et de fumée.
Les forts courants d'air d'altitude te rabattent vers la montagne, mais tu arrives néanmoins à trouver un endroit où te poser en haut d'une falaise. Tu atterris lourdement sur le sol rocheux et la toile du parachute te recouvre entièrement, tu t'emmêles un peu dans les cordages mais tu parviens tout de même à te défaire des sangles. Tu t'extirpes de la toile et à ta grande surprisse tu es accueilli par un homme et une femme qui te sont familiers...
Tu reconnais d'amblée la sorcière qui avait semé le chaos dans la salle de bal du château, l'homme n'est autre que le diplomate que tu avais aperçu en train de discuter avec le roi d'Ahzuwd, d'après ce qui avait été dit ce serait lui qui aurait tenté d'assassiner Lothar. L'homme te menace de son arme qui ressemble à un fusil automatique très compensé, tandis que la femme te regarde en se demandant probablement où elle a déjà vu ton visage...